Mohamed Mbougar Sarr, prix Goncourt 2021 : « L’Afrique n’est pas à mettre à part dans l’histoire de la littérature »

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Le romancier sénégalais Mohamed Mbougar Sarr à Paris, le 3 novembre 2021.

Entretien. Au cœur du nouveau roman de Mohamed Mbougar Sarr, prix Goncourt 2021, gît un livre entêtant : Le Labyrinthe de l’inhumain, publié dans les années 1930 par un auteur mystérieux et maudit, répondant au pseudonyme de T.C. Elimane. Tous les récits enchâssés qui composent La Plus Secrète Mémoire des hommes convergent vers cet écrivain africain fictif consacré puis écarté par la scène littéraire parisienne, après des accusations de plagiat.

Partout où il passe, pour tous ceux qui le lisent, Elimane est une obsession. Pour de jeunes écrivains africains à Paris en 2018 et une poétesse haïtienne en Argentine ; pour sa famille au Sénégal et cette écrivaine dakaroise sulfureuse qui détient tous les secrets ; pour ses éditeurs malmenés sous l’Occupation et une journaliste littéraire convaincue que Le Labyrinthe de l’inhumain tue ceux qui le comprennent mal.

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Né en 1990 au Sénégal, Mohamed Mbougar Sarr vit en France. Ses trois précédents romans – Terre ceinte, Silence du chœur et De purs hommes − ont remporté plusieurs prix. Après ces ouvrages consacrés au djihadisme, à la crise migratoire et à l’homosexualité au Sénégal, il livre ici un roman brillant, fiévreux, sensuel, travaillé par des questions littéraires et existentielles, qui transporte loin et marque longtemps.

Derrière T.C. Elimane, « le Rimbaud nègre » qui agite le Paris des années 1930, se devine la figure de Yambo Ouologuem, auteur malien consacré par le prix Renaudot en 1968 pour « Le Devoir de violence », avant d’être accusé de plagiat et de disparaître de la scène littéraire. Comment votre chemin a-t-il croisé celui d’Ouologuem ?

Mohamed Mbougar Sarr Je l’ai « rencontré » quand j’étais lycéen. J’avais un professeur qui me parlait sans cesse d’Ouologuem sans réussir à remettre la main sur son livre. Et puis, un jour, il l’a trouvé. Il me l’a donné en me disant : « C’est le plus grand livre de la littérature africaine francophone. » Son exemplaire était en mauvais état – déchiré et tronqué de plusieurs pages – mais, dès la première lecture, et en ne comprenant pas tout, j’ai su que c’était quelque chose de grand.

J’ai recherché le livre pendant des années avant de trouver une version intégrale à mon arrivée en France. J’ai continué à le lire et à le relire parce que c’est ce livre, Le Devoir de violence, qui me stupéfie avant même la trajectoire d’Ouologuem.

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