Moqueuses ou émouvantes, Les Divalala chantent tous les états de l’amour

Les Divalala (de gauche à droite : Gabriele laurens,  Angelique Fridblatt et Marion Lepine), sur la scène du Palais des glaces, à Paris (10e), dans le spectacle « C’est lalamour ! ».

En fond de la scène de la grande salle du Palais des glaces, à Paris, une vingtaine de fins tubes verticaux lumineux, dont les teintes varient selon les ambiances musicales, clignotent, ont des effets de montée et de descente. Un système sobre bien utilisé comme décor à C’est lalamour ! nouveau spectacle, le troisième, des Divalala, trio de chanteuses et comédiennes fondé au début des années 2010. Drôle souvent, émouvant au bon moment, parfaitement mené en chant a cappella – avec parfois le recours à quelques percussions, un ukulélé – par Angélique Fridblatt, Gabrielle Laurens et Marion Lépine.

C’est avec Une femme amoureuse que débute cette plongée dans le répertoire des chansons d’amour. Adaptation française en 1980 pour Mireille Mathieu du Woman in Love écrite par Barry et Robin Gibb des Bee Gees pour Barbra Streisand, qui fut un gros succès pour les deux chanteuses. En quelques mouvements, Les Divalala, en grandes tenues noires et or, accompagnent le texte par quelques mouvements : « les murs de ma vie », et voici un mur, « ou séparés par des océans », et voici des vagues. D’abord dans le rappel de l’aspect variété de la chanson avant de virer vers une forme flamenco dont les codes du chant ou la gestuelle sont exagérés. Entrée en matière moqueuse mais sans mépris, approche artistique qui a toujours été la leur.

Formules imagées

Puis Les Divalala vont vers Désir, désir, le duo de Laurent Voulzy et Véronique Jeannot en 1984, dont le refrain sert à annoncer les divers états de l’amour qui vont être évoqués, « mon premier c’est désir/mon deuxième du plaisir/mon troisième c’est souffrir/et mon tout fait des souvenirs ». Il y a donc des chansons de désir, On va s’aimer de Gilbert Montagné, traité avec forces « doubidou/ouapboubop », ou Les Garçons dans les vestiaires, de Clarika, qui exacerbent les envies des Divalala. Le plaisir passe par Les Nuits d’une demoiselle, classique de Colette Renard avec ses formules imagées des orgasmes de ladite demoiselle, ici dans la version 2.0 de Jeanne Cherhal qui vous fera regarder votre matériel informatique différemment : « je m’fais appuyer la touche pomme (…) je m’fais câliner la souris… ». Ou bien c’est l’Ouragan, de Stéphanie de Monaco, l’un des sommets du travail vocal des trois chanteuses.

Souffrir, ce sera bien sûr des chansons de séparation comme Capri c’est fini, d’Hervé Vilard mais aussi le terrifiant texte de Serge Gainsbourg pour Régine, en 1971, Les Bleus, qui commence par « lorsque sur moi il pleut des coups/de poing et d’ta canne en bambou », moment intense du spectacle, témoignage par la force de la chanson des violences faites aux femmes. Tout le talent des Divalala se trouve bien dans ce jeu de contrastes entre la parodie, le clin d’œil, un aspect tourbillonnant et l’évidence des sentiments par la tendresse – superbe Madame rêve d’Alain Bashung –, l’émotion pure dans l’interprétation.

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