Mort d’Angélique Ionatos, chanteuse, guitariste et compositrice grecque

Angélique Ionatos en concert à Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), en juin 2015.

Toute sa vie, elle dédia sa voix à la poésie, la seule chose qui la réconciliait avec le monde, disait-elle. Avec solennité et tendresse, d’une voix où se croisaient force et douceur, elle chantait les poètes. Ceux de sa terre natale, Odysseas Elytis (Prix Nobel de littérature 1979) – « mon grand amour en poésie », soulignait-elle, dont elle fera publier une anthologie de poèmes traduits en français, Le Soleil sait (Cheyne Editeur, 2015). Et puis Sappho de Mytilène, Kostis Palamas, Yannis Ritsos. Elle privilégiait la langue grecque mais chantait également Pablo Neruda, Atahualpa Yupanqui, Anna de Noailles, Jean-Roger Caussimon…

Sensible à la marche du monde, vigilante souvent indignée, voire révoltée, la chanteuse, guitariste et compositrice grecque Angélique Ionatos est morte des suites d’une longue maladie le 7 juillet aux Lilas, en Seine-Saint-Denis. Elle avait 67 ans, dont quarante vécus en France, tout en s’offrant régulièrement des escapades en Grèce.

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Née le 22 juin 1954 à Athènes, elle arrive à Bruxelles en 1969 avec ses parents, qui fuient la « dictature des colonels » (1967-1974). La famille s’installe à Liège. Angélique Ionatos y vit une émotion musicale déterminante : Mikis Theodorakis. Le compositeur faisait alors une tournée mondiale passant par la Belgique. « Quand il est monté sur scène et a ouvert ses bras pour diriger l’orchestre, on aurait dit un aigle immense qui allait s’envoler. Il avait une manière très particulière de diriger, avec tout son corps, c’était une vraie chorégraphie, nous confiait-elle, il y a quelques années. J’étais collégienne et ça a été peut-être ma première émotion musicale. Je me suis dit en moi-même à ce moment-là : si la musique a cette force-là, alors c’est cela que je voudrais faire. » C’est ce qu’elle a fait. Des années plus tard, elle le remerciera à sa manière, en adaptant Mia Thalassa, un cycle de quinze courtes pièces, composées par Mikis Theodorakis sur des poèmes de Dimitra Manda (Auvidis, 1994).

« Voix rugueuse et caressante à la fois »

Après avoir quitté la Belgique, elle continue à développer sa carrière à partir de la France, où pendant quinze ans elle est associée au Théâtre de Sartrouville (Yvelines). La plupart de ses créations seront ensuite coproduites et présentées en première au Théâtre de la Ville à Paris. Elle était depuis quelques années la « marraine » du Triton, une salle de concert aux Lilas, en banlieue parisienne, où elle a donné son dernier concert le 6 avril 2018. Angélique Ionatos aimait solliciter ses amis artistes, sur disque comme à la scène. Ainsi en 2002, lors d’une série de concerts au Bataclan à Paris, elle avait invité Misia, Lambert Wilson, Sonia Wieder-Atherton, Juliette.

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