Mort de Melvin Van Peebles, pionnier de la « blaxploitation »

Melvin Van Peebles, à Deauville, le 5 septembre 2012, lors d’un hommage à sa carrière durant la 38e édition du Festival du film américain.

Melvin Van Peebles, le cinéaste avant-gardiste, dramaturge et musicien dont le travail
a influencé la « blaxploitation » dans les années 1970 ainsi que nombre de réalisateurs, est mort dans la soirée de mardi 22 septembre, à l’âge de 89 ans, a annoncé sa famille dans un communiqué.

« Mon père était conscient que l’image des Noirs compte. Si une image vaut mille mots, que valait un film ? », a réagi son fils, le comédien Mario Van Peebles, dans un communiqué mercredi.

Parfois surnommé le « parrain du cinéma afro-américain moderne », Melvin Van Peebles s’était notamment fait remarquer pour Sweet Sweetback’s baadasssss Song (1971), l’un des films les plus influents de son époque. Ce film à petit budget, qu’il avait écrit, produit, réalisé, et dans lequel il jouait, est le récit hypersexualisé et violent d’un arnaqueur, en cavale après avoir tué des officiers de police blancs qui passaient à tabac un révolutionnaire afro-américain.

Source d’inspiration pour Tarantino et Jenkins

Avec son portrait cru de la vie dans les ghettos, doublé d’un message d’émancipation, le réalisateur a jeté les bases d’un genre qui influencera des dizaines de films dans les années qui suivront, interrogeant son époque sur la condition afro-américaine. « Jusqu’à présent, les films sur les Noirs sont majoritairement des histoires racontées du point de vue de la majorité anglo-saxonne dans leur rythme et leurs discours », expliquait Melvin Van Pleebles en 1971, année de sortie de Sweet Sweetback’s baadasssss Song, ouvrant la voie au cinéma de la « blaxploitation » qui influence, encore aujourd’hui, de grandes figures du grand écran, de Quentin Tarantino (Jackie Brown) à Barry Jenkins, le réalisateur de Moonlight.

En 1980, lors d’un colloque, Melvin Van Peebles expliquait encore sa démarche dans ces termes : « Notre communauté a subi un gigantesque lavage de cerveau, et tout ce qu’elle connaît du cinéma reste la couleur blanche. Nous devons commencer là. La révolution se situe sur ce terrain. Faire la révolution ne consiste pas à se lever et à échanger des idées. »

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Né Melvin Peebles à Chicago le 21 août 1932, il ajoutera plus tard « Van » à son nom. Diplômé en 1953 de l’université Wesleyan en Ohio, il rejoint l’armée américaine, s’engageant en tant que navigateur dans l’US Air Force pendant trois ans. Après son service militaire, il commence à écrire des courts-métrages. Après un passage par les Pays-Bas, où il suit des cours de comédie, il emménage à Paris avant de revenir à Hollywood.

Il est ensuite embauché pour écrire et réaliser Watermelon Man, une comédie antiraciste sur un Blanc se réveillant un matin dans la peau d’un Noir. C’est avec l’argent gagné à la réalisation du film qu’il pourra lancer la production de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song. Ce film rencontrera un succès public considérable, récoltant 14 millions de dollars de recettes pour un budget de 100 000 dollars.

La mort de Melvin Van Peebles survient quelques jours avant le Festival du film de New York, qui célébrera le 50e anniversaire de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song. Une reprise de sa pièce Ain’t Supposed to Die a Natural Death est programmée à Broadway en 2022, avec Mario Van Peebles, son fils, en tant que producteur.