« Moscou 1941. Les Voix de la mémoire », sur Arte : échos depuis la capitale soviétique convoitée par les troupes allemandes

Image extraite du documentaire « Moscou 1941. Les Voix de la mémoire ».

ARTE – MARDI 24 AOÛT À 20 H 50 – DOCUMENTAIRE

Une jeune étudiante, un lycéen, des artistes soviétiques, un diplomate allemand, une photographe américaine. Qu’ont-ils en commun ? Ils ont vécu à Moscou en 1941. Et ont consigné dans des carnets ou des lettres leurs sentiments au cours d’une année commencée dans une certaine insouciance, poursuivie dans l’angoisse, et terminée dans l’espérance. Des écrits personnels d’autant plus précieux que le contexte de terreur qui régnait à l’époque a conduit beaucoup de citoyens soviétiques à les détruire, de crainte qu’ils ne deviennent compromettants.

Des fêtes du début d’année à l’invasion du pays par les troupes allemandes en juin, des examens scolaires du printemps aux alertes aériennes, des rencontres sportives aux réunions politiques, de l’anodin au tragique, tout ce qui s’est passé à Moscou entre janvier et décembre 1941 prend soudain forme.

Car ces témoignages écrits et lus en voix off sont illustrés par des archives filmées d’époque d’une richesse étonnante. Images de paix puis de préparatifs de guerre, extraits de films soviétiques des années 1920 et 1930, d’actualités et de publicités, d’écoliers studieux ou d’étudiants souriants. Avant les images de bombardements, de théâtre éventré, de cadavres gelés.

La guerre aura-t-elle lieu ?

Le procédé employé dans ce documentaire est classique : une date, un événement survenu ce jour précis, le tout accompagné par des images avec, en fond sonore, les voix douces ou sombres des témoins, martiales ou nasillardes des commentateurs de l’époque.

Alors que l’Europe est en feu mais que la paix règne encore à Moscou, entre janvier et juin, chacun réagit de manière différente : optimiste pour certains, fataliste pour d’autres. La guerre aura-t-elle lieu ? Pas possible, pas ici…

Au fil des semaines, l’inquiétude grandit. Le 19 mai, une grande parade militaire se déroule sur la place Rouge, en présence d’attachés militaires du monde entier, dont des Allemands qui semblent apprécier en connaisseurs les chars et les avions de l’Armée rouge. Le 22 mai, le comte von der Schulenburg, ambassadeur du Reich à Moscou depuis 1934, envoie quelques mots explicites à son épouse : « Nous nous attendons à ce que la crise éclate fin juin… »

Au fil des défaites de juillet, août et septembre, certains pensent évacuer la ville. Le 16 octobre, c’est le chaos : métro fermé, pas de journaux. « Les gens ont honte », écrit un témoin. Début novembre, les Allemands sont à 50 kilomètres du Kremlin. Début décembre, il fait jusqu’à − 26 degrés, la contre-offensive est une réussite.

Le 15 décembre, le diplomate britannique Anthony Eden arrive de nuit dans la capitale soviétique. Le lendemain, accompagné par les officiels, il sort de Moscou pour voir les traces de la bataille. Dans la neige, cadavres allemands, tanks détruits, camions éventrés. « J’ai vu de mes propres yeux l’armée allemande défaite ! » Moscou est sauvé.

Moscou 1941. Les Voix de la mémoire, documentaire d’Artem Demenok (All., 2021, 95 min).