Mostra de Venise : quelques pépites au milieu d’une compétition d’une rare noirceur

« Mort à Venise » : la formule, clin d’œil au chef-d’œuvre cinquantenaire du même nom de Luchino Visconti (sorti en 1971), résume assez bien la sombre atmosphère qui règne dans les films sélectionnés à la 78e édition de la Mostra, laquelle s’achèvera le 11 septembre.

Si l’on s’en tient aux films en compétition (dont certains restent encore à découvrir), chaque jour aura charrié son lot de traumas, de tortures (Vidblysk, de l’Ukrainien Valentyn Vasyanovych), d’enfant perdu (Mères Parallèles, de Pedro Almodovar), de malade condamné (Sundown, du Mexicain Michel Franco), de père disparu (La Caja, du Vénézuélien Lorenzo Vigas), de mère traumatisée (The Lost Daughter, de l’Américaine Maggie Gyllenhaal)…

Milena Smit et Penélope Cruz dans « Mères Parallèles », de Pedro Almodovar.

La question n’est pas tant la noirceur des scénarios que les choix formels et artistiques associés aux œuvres, lesquels, pour la plupart, sont malheureusement assez convenus. Il en va ainsi du décevant Mères Parallèles, d’Almodovar, qui ouvrait la compétition, le 1er septembre : l’histoire de deux femmes célibataires (Penélope Cruz et Milena Smit) qui accouchent, seules, et dont les bébés sont échangés par mégarde dans la salle de naissance. Se greffe à ce récit la recherche de la sépulture d’un arrière-grand-parent, disparue pendant la guerre civile. On cherche en vain l’étoffe almodovarienne, dans ce drame qui offre si peu de mise en scène, et produit un récit un brin mécanique, proche d’un objet télévisuel – Penélope Cruz déploie beaucoup plus de talents dans le réjouissant Competencia Oficial, du duo argentin Gaston Duprat et Mariano Cohn, une parodie du star-système du cinéma, jeu d’autodérision auxquels se prêtent également avec brio Antonio Banderas et Oscar Martinez.

Rôles puissants

Faute de trouvailles ou d’idées surprenantes, certaines œuvres, aussi bien réalisées soient-elles, ne décollent pas de leur statut de « film à sujet ». Evacuez le pathos, il revient au galop. Dans The Power of the Dog, Jane Campion explore l’univers masculin des cow-boys, où se cache l’homosexualité refoulée de l’un des protagonistes (Benedict Cumberbatch). On sent venir la thématique dès les premières images, et le récit avance d’un pas lourd vers cette révélation.

Quelques films font figure d’exception, et la mort peut figurer au centre d’un tableau somptueux, comme le prouve l’Italien Michelangelo Frammartino dans Il buco (« le trou »), hommage à une expédition de spéléologues dans les Apennins, en Calabre, descendant à 700 mètres sous terre, à l’endroit du gouffre du Bifurto.

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