Musique : A La Cigale, à Paris, la drill impeccable de Gazo

Gazo, à la Cigale de Paris, jeudi 7 octobre 2021.

Gazo a donné, jeudi soir, le premier véritable concert de sa carrière et il a maîtrisé son show de bout en bout. Le champion français de la drill, sous-genre du rap venu des quartiers sud de Chicago qui met en avant des paroles violentes et sombres, n’avait jusque-là donné des concerts qu’en discothèques, souvent courts et en playback, ou bien encore dans son adolescence dans les salles des foyers de l’ASE (aide sociale à l’enfance), où il était placé.

De son vrai nom Ibrahima Diakité, Gazo, 27 ans, est né à Châteauroux d’une mère guinéenne, benjamin d’une famille de cinq enfants. Le rappeur a connu les appartements trop petits de Belleville et du quartier de la Roquette, à Paris, les placements en foyer ou en famille d’accueil à l’autre bout de la France, et les squats de Saint-Denis à sa majorité. Il aurait pu mal tourner, mais sa passion pour le rap a été plus forte. Il s’est emparé de la drill, qui, popularisée par le New-Yorkais Pop Smoke, s’est accélérée au contact du grime anglais. Le genre est devenu le terrain de jeu – presque un ring de boxe – de ce Français, qui n’en finit pas d’évacuer, sur disque comme sur scène, un passé douloureux.

A La Cigale, à Paris, devant un public chauffé à bloc, avec autant de filles surlookées que de garçons prêts à transformer la fosse en salle de fitness, la voix de Gazo n’a pas failli. Il a su se montrer à la hauteur des attentes suscitées par son album Drill FR, publié en février 2021. Dès le début du concert, où il s’est dit pourtant ému, il a su rythmer ses morceaux pour tenir en haleine, se ménager des moments de pause pour souffler et mieux repartir sur la cadence infernale du tempo drill. Ses textes sont scandés comme des slogans, les gimmicks répétés à l’infini, comme sur le titre Inhumain (« Je brasse tous les jours comme fin d’mois/Envahi par mon côté animal/Je les allume avec une main comme si j’étais inhumain »).

« Vibe jamaïcaine »

Soutenu par son DJ et son backer (celui qui seconde le rappeur su scène), il ne s’est pas moqué de son public, invitant les artistes avec qui il a enregistré de nombreux duos : Hache-P pour Cache cou, Franglish et Landy pour Go, le producteur belge Hamza, qui l’a accompagné sur deux morceaux forts du concert, Spaghetti et Drill FR 5. Membre du groupe 4Keus de La Courneuve, Tiakola a su très bien tirer son épingle du jeu sur Pousse-toi et sur l’énorme tube de Gazo, Kassav. Le Martiniquais Kalash représentait l’ambiance dancehall sur le morceau Tu le sais.

Gazo, à la Cigale, jeudi 7 octobre 2021.

La vibe jamaïcaine était omniprésente durant le concert de Gazo, tant ses phrasés et ses musiques sont imprégnés des rythmiques des raves 2step et des sound systems londoniens. Pour l’avant-dernier titre, Daddy Chocolat, gros succès de l’été, le trublion Koba LaD a fini de retourner le public. En plus de ces surprises, Gazo en avait prévu une autre. Plutôt que de laisser les passages chantés de ses morceaux sur une bande-son jouée par son DJ, il a préféré faire venir sur scène une chorale pour chanter les chœurs de l’excellent Parkinson ou d’Euphon.

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