Musique : A Lille, Wynton Marsalis remonte aux sources du jazz

Wynton Marsalis et le Jazz at Lincoln Center Orchestra

Deux rappels en applaudissements fournis, le public, entre 20 et 60 ans, debout dans l’auditorium du Nouveau Siècle, superbe salle de 2 000 places à Lille. Vendredi 8 octobre, le concert inaugural du Tourcoing Jazz Festival, décentralisé donc dans la préfecture du Nord, a été un triomphe. Justifié par la qualité de la musique proposée par le Jazz at Lincoln Center Orchestra (JLCO) mené par le trompettiste Wynton Marsalis. Première date d’un périple européen prévu jusqu’à Saint-Pétersbourg le 28 octobre. Presque un concert chaque soir. Pour la France, après Lille et Paris (le 9 octobre), arrêts au festival Nancy Jazz Pulsations (le 13), à La Halle aux grains de Toulouse (le 21), et en clôture du festival Jazz en tête à Clermont-Ferrand (le 23).

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Quinze instrumentistes et l’équipe d’accompagnement, dans l’encore incertitude des évolutions des situations sanitaires et des règles selon les pays, cela pourrait ne pas être aisé. Mais derrière l’orchestre, il y a le Lincoln Center, à New York, une trentaine de lieux de spectacles prestigieux et d’institutions réputées, dont l’Alice Tully Hall, le Metropolitan Opera House, le New York City Ballet, la Juilliard School… Et depuis la fin de l’année 1989, le département jazz et son orchestre. « Le responsable des tournées de l’orchestre est un ancien militaire, explique Jean-Noël Ginibre, de Loop Productions, chargé des dates en France. Ils sont tous vaccinés, certains ont des passeports sanitaires européens, et la règle pour tout le monde c’est un test tous les trois jours. C’est même moins compliqué qu’avec des formations plus petites. »

Dans les bagages du JLCO il y a des dizaines de partitions. Petite partie d’un répertoire d’arrangements de standards et de compositions de Marsalis, pour jouer, transmettre l’histoire du jazz, des sources new orleans au milieu des années 1960 – des programmes ont été consacrés à John Coltrane ou Ornette Coleman –, en s’arrêtant aux portes du free et à la fusion jazz-rock. Ce sont des compositions de Marsalis, plutôt récentes, qui constituent la quasi-intégralité du programme de la soirée.

Minutie de l’interprétation

Ouverture somptueuse, avec un extrait de l’Abyssinian Mass, commande en 2008 pour chœur et big band. Les trois parties de la séquence Offertory sont étendues à une quinzaine de minutes. Tempo rapide puis lente majesté. Premiers soli, Marsalis, le tromboniste Elliot Mason, Sherman Irby au saxophone alto, le trompettiste Marcus Printup… l’approbation, souriante, ravie, de l’ensemble des interprètes, accompagne un éclat musicien. Suit The Monkey’s King March, tiré de The Shanghai Suite, créée en 2019 et pour l’heure non enregistrée – la discographie actuelle de Marsalis, de la petite formation au big band, du jazz à la musique classique, compte plus d’une centaine d’albums (supports physiques ou fichiers numériques) depuis 1982. Il y a là, comme ensuite, des couleurs à la Duke Ellington, du style jungle aux suites orchestrales, le rapport fondateur au blues, des traces de Charles Mingus (à qui le JLCO a consacré un excellent album en 2005).

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