Musique : Au festival C’est dans la vallée, Rodolphe Burger marie l’Orient, la Bretagne et le blues

Erik Marchand et Rodolphe Burger au festival C’est dans la vallée, à Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin), le 24 octobre 2021.

Les festivals ont dû beaucoup sacrifier par la faute du Covid-19, mais Rodolphe Burger n’a pu se résoudre à faire une croix sur les 20 ans de C’est dans la vallée, le rendez-vous qu’il a créé à Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin), commune qui fut le cadre de ses premières expériences musicales quand il était préadolescent. Avec une édition resserrée dans sa programmation et sa géographie s’est imposée l’idée d’un retour aux origines, du 22 au 24 octobre.

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En 2001, Burger était le ténébreux leader de Kat Onoma. En provenance de Bruxelles, le groupe postpunk donna trois concerts dans l’église Saint-Pierre-sur-l’Hâte, devenue depuis le sanctuaire d’un festival qui aura accueilli au fil des saisons une centaine d’artistes. Trois d’entre eux ont tant marqué l’histoire de C’est dans la vallée qu’ils semblent toujours hanter les lieux : Jacques Higelin, Rachid Taha et Alain Bashung. Tous ont apprécié l’ambiance familiale et la proximité avec le public, aucun n’est venu pour le cachet. « Le fonctionnement économique est particulier, avec un système forfaitaire communiste : 500 euros net », dit en souriant Rodolphe Burger.

Avec un minimalisme contraint, l’édition 2021 s’est recentrée sur le fondateur dans l’église Saint-Pierre-sur-l’Hâte. Autour d’un portrait musical avec trois de ses innombrables projets. L’hyperactif Burger n’est pas toujours facile à suivre pour qui n’est pas membre de son fidèle fan-club. Mais la première soirée plaçait l’auditeur en terrain connu avec une relecture du répertoire de Kat Onoma, en compagnie de l’ancien guitariste du groupe, Philippe Poirier.

Sinuosités, d’embardées

« Ton sang est plus froid que la neige/Plus lent que la sève ». Le timbre de profundis de Burger s’élève pour une version bilingue et acoustique de Cupid, solennelle comme une veillée funéraire. A ce classique de Kat Onoma s’ajoute un autre, La Chambre, où l’influence de Gainsbourg se fait sentir, mêlé à des extraits de l’album Billy the Kid (1992). A cette date, Burger avait vendu son âme au blues. C’est dans les méandres du Mississippi que le guitariste n’a plus cessé de tremper son jeu, fait de sinuosités, d’embardées et de saturations, quelque part entre JJ Cale et Neil Young. Les fils des anciens membres de Kat Onoma les rejoignent – l’un batteur, l’autre claviériste –, et l’édifice religieux vibre sous les beats jusqu’à un irradiant Radioactivity, la pièce de Kraftwerk, qui ramène sur les rives du Rhin.

Si Burger se retourne volontiers sur son passé, c’est toujours pour le revisiter, jamais pour s’y enfermer. La deuxième soirée présente le colosse dans un tout autre contexte, avec un chanteur de raï, Sofiane Saidi, belle voix rauque à la Khaled, et un oudiste hendrixien, Mehdi Haddab. Leur trio, Mademoiselle, prolonge un projet foutraque (le Couscous Clan) qu’avait lancé Rachid Taha – qui vécut enfant à Sainte-Marie-aux-Mines –, lors du festival 2013. Un album est en cours de mixage, mais l’effet live sur les corps est immédiat : public debout devant les prie-Dieu. On sait depuis le blues touareg de Tinariwen que la sauce prend entre l’ancêtre du rock’n’roll et les sons d’Orient.

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