Musique contemporaire : le Festival Musica, entre gros son et féerie

« La Reine des neiges », premier opéra du compositeur danois Hans Abrahamsen.

Faire le plein de pain d’épices dans la capitale alsacienne un dimanche matin n’a a priori rien d’incongru. A l’inverse, la question posée par la grande prêtresse en gourmandise, Mireille Oster, entre barre des délices et bûchettes aux amandes, l’est. « Au fait, c’est quoi ce truc de 35 heures ? », lance-t-elle à propos du Festival Musica, dont l’ouverture se tient le même week-end que les Journées du patrimoine. Ni secret culinaire, ni clone de la loi Aubry, le « truc » n’est autre que le clou de cette 39e édition, Asterism, une commande faite par le festival de musique contemporaine au compositeur allemand Alexander Schubert. Soit une installation de 35 heures 34 exactement, dans les locaux du Maillon, du vendredi 17 septembre 19 h 37 jusqu’à son extinction », dimanche 19 septembre à 7 h 11.

« Pèlerinage face à la nature à l’ère numérique » ayant pour but de « simuler artificiellement la réalité et nous entraîner dans un processus inédit d’apprentissage spirituel et sensoriel », écrit le directeur artistique, Stéphane Roth, en poste depuis trois ans, dans le programme de la manifestation, qui se tiendra jusqu’au 2 octobre. Concrètement, après fourniture de bouchons d’oreilles et cape transparente à capuche, une apocalypse d’infra-basses et explosions sonores, bande-son doublée d’une scénographie à base de déflagrations stroboscopiques.

Malgré les casques de réalité virtuelle à disposition et leurs effets spéciaux façon Avatar, le film de science-fiction de James Cameron, il faut quelques minutes pour comprendre que la survie de nos globes oculaires et tympans ne fait pas partie du plan élaboré sur le plateau par des survivalistes occupés à des actes primordiaux en forêt primaire (transplantée sur les lieux). Même questionnement sensoriel ce samedi 18 septembre, dans un genre nettement moins énervé, Rothko, untitled #2, dont la première a lieu au Théâtre national de Strasbourg (TNS). Un spectacle létal imaginé par Claire-Ingrid Cottanceau et Olivier Mellano à partir des tableaux du peintre américain et du Poème de la chapelle Rothko, de John Taggart. Déprimant de vacuité et de prétention.

La mise en scène finement ciselée de James Bonas et Grégoire Pont traduit magnifiquement le monde onirique d’Abrahamsen

Il faut aller aux Halles Citadelle, le lendemain matin, pour entendre enfin autre chose que du gros son, en l’occurrence l’excellent Quatuor Adastra. Au programme, trois œuvres, centrées autour du « Terra memoria » que Kaija Saariaho a dédié « à ceux qui nous ont quittés ». Une composition au lyrisme épuré, jusqu’au saisissement d’un unisson dont l’énonciation dans l’espace semble inscription dans le marbre. L’émotion ira croissant, du Murs et racines, de la benjamine Clara Olivares (née en 1993), pièce écrite à la pointe sèche (écrasés de crins sur cordes, substrats de sons et « souffles » d’archets), au Quatuor II, du regretté Christophe Bertrand, disparu en 2010. Energie sauvage, presque désespérée : la grande histoire du quatuor à cordes parcourt l’inspiration du compositeur, d’une clarté et d’une singularité confondantes, avec ses plans mouvants, ses coups d’aile ivres.

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