Musique : du Panthéon au Grand Rex, l’hymne à la vie de Patti Smith

Patti Smith au Grand Rex, à Paris, le 8 octobre 2021.

La vie d’avant semble avoir repris ses droits, puisque Patti Smith est à Paris. Après un été musical essentiellement franco-français, l’occasion ne se rate pas d’entendre la plus rimbaldienne des chanteuses américaines dans deux monuments historiques. Jeudi 7 octobre, à une heure inhabituelle, celle de l’office dominical, elle entrait au Panthéon pour y célébrer les 50 ans de la radio FIP en interprétant cinq titres devant une cinquantaine d’invités – une retransmission est programmée sur l’antenne le 26 novembre à 20 heures, avec le concert de Sting enregistré la veille. Le lendemain soir, elle se retrouvait sous une arche lumineuse pour le premier de ses deux rendez-vous au Grand Rex, la splendide salle Art déco des grands boulevards parisiens.

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Aucun album à promouvoir puisque le dernier en date, Banga, date tout de même de 2012. A la scène, Patti Smith s’est faite moins rare, puisque sept dates françaises – dont deux à l’Olympia – avaient occupé son agenda en août 2019, quelques mois avant qu’un coronavirus n’apparaisse en Chine. Seul le plaisir de chanter et de retrouver son public justifie sa présence en ces lieux. Au Panthéon, elle est venue en famille, accompagnée, au piano, de sa fille, Jesse Paris (un témoignage de son amour pour la capitale française) et, à la guitare sèche, de son fils, Jackson. Non sans être descendue auparavant à la crypte, où une pétition fort contestée réclame de loger l’« amant secret » de sa jeunesse, Arthur Rimbaud. Mais ce sera une femme née sur une terre de blues, à Saint-Louis (Missouri), qui y sera admise le 30 novembre : Joséphine Baker.

Puissance expressive

Cette voix jouant tour à tour de la prière et de la psalmodie, de la colère et de l’appel aux armes trouve naturellement place sous le Christ d’Hébert et à côté du groupe en marbre A la gloire des généraux de la Révolution française. Pour des chants de grâce comme Wing et Grateful, ou un hommage aux « travailleurs » par temps de pandémie, My Blakean Year. Dans la douceur et l’intimité.

Au Grand Rex, en revanche, les amplis et le gros son sont de sortie. Aux enfants Smith sont associés deux compagnons de toujours, le guitariste Lenny Kaye et le batteur Jay Dee Daugherty, plus le bassiste Tony Shanahan, présent depuis la fin de la retraite domestique de Patti Smith au milieu des années 1990. Le punk rock new-yorkais, qu’elle a porté au plus haut dans la décennie 1970, retrouve tous ses droits dès Dancing Barefoot. A 74 ans, la pythie aux nattes grises et au vestiaire inchangé (du noir sur du blanc) n’a rien perdu de sa puissance expressive, ni de son art de provoquer des climax par la complainte, la scansion, le chamanisme.

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