Musique : en RDC, le Staff Benda Bilili veut renouer avec le succès et faire valoir ses droits

Les membres du Staff Benda Bilili posent pour une photo de groupe dans le quartier de Ndjili, à Kinshasa, le 11 août 2021.

Des poules déambulent dans la cour d’où s’élève une musique urbaine familière. Dix ans après la gloire, le Staff Benda Bilili rêve de revenir sur le devant de la scène et réclame tous les fruits de son succès d’antan, quitte à se brouiller avec ceux qui les ont fait connaître.

Au début des années 2010, ces musiciens congolais handicapés et sans le sou, vivant dans la rue et circulant en fauteuils roulants hors d’âge, avaient chamboulé la rumba, enflammé les salles européennes et épaté le festival de Cannes. Leur style était unique, leur vie bouleversante. Un premier album, « Très très fort », était sorti en 2009, un autre, « Bouger le monde », avait suivi en 2012. Au-delà de l’Europe, ils donnaient des concerts au Japon, en Australie, aux Etats-Unis… Puis la belle histoire s’arrête en 2013. Le groupe se disloque, la fin d’une tournée est annulée.

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« On n’était pas vraiment séparés, il y avait un peu de mésentente », veut croire aujourd’hui Roger, un ancien gamin de la rue qui, tout en étant valide, a rejoint le groupe à ses débuts, en jouant d’un drôle de petit instrument bricolé avec une boîte de conserve. En 2011, entre deux tournées, Roger décrivait combien tout avait changé pour lui. « La vie est belle », disait-il. Maintenant, à 35 ans et avec six enfants, « c’est dur ». Après les achats de maisons, de vêtements, de voitures, l’argent des tournées et des disques a fondu. La vie est redevenue difficile pour tout le monde.

« Ils font la mendicité »

Il y a quatre ans environ, sur le conseil du responsable d’une ONG humanitaire, ils se sont « réunifiés ». Il « nous a rassemblés, fait jouer ensemble », explique Théo, un des chanteurs du groupe, rencontré avec tous les autres membres au domicile de leur leader, Ricky. Le vieux chef a 70 ans maintenant. Son regard est las, mais il assure avoir l’énergie pour reprendre le fil de l’aventure brusquement arrêtée. Chaque jeudi, ils se retrouvent là, à Ndjili, un quartier populaire de Kinshasa, à l’ombre d’une bâche tendue au-dessus de la cour, pour créer de nouvelles chansons, répéter, se rôder.

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Une peinture murale représente Ricky au temps de sa splendeur. Un des derniers titres parle du Covid-19 et du confinement. Les paroles en lingala s’enchaînent, des voisins attirés par la musique poussent le portail en tôle ondulée. Un nouvel album, « Effacer le tableau », est sorti, mais il n’a eu que peu d’écho. « Nous voudrions faire un nouveau documentaire » pour pouvoir dire au monde que « le Staff Benda Bilili est de retour », explique Live Mindanda, chargé des relations publiques.

Mais le groupe entend aussi batailler pour récupérer sa part des recettes tirées du film qui les a rendus célèbres, « Benda Bilili », présenté en 2010 dans la catégorie documentaire au festival de Cannes. Depuis tout ce temps, ils n’ont rien perçu des diffusions et entrées en salles, assurent-ils. « Ils font la mendicité alors qu’ils ont des droits qui peuvent changer leur vie », s’indigne Live Mindanda.

« On va leur faire un chèque »

Roger, Ricky et les autres jurent n’être en guerre contre personne. Tous ne sont pas d’accord, d’ailleurs, sur la procédure à suivre pour récupérer cet argent. « Mais la musique est une chose, nos droits en sont une autre », estime Théo. « Nous allons assigner les producteurs devant le tribunal de commerce de Paris et demander des dommages et intérêts », explique Mizou Bilongo Nsanda, l’avocate désormais chargée de porter leur dossier en justice.

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Parmi les réalisateurs et producteurs visés, Renaud Barret explique que lui-même n’a perçu son dû que très tard, après près de dix ans de conflit entre distributeurs. Environ 25 000 euros, dit-il. Le contrat prévoyait que le Staff Benda Bilili recevrait 10 % des recettes. « On va leur faire leur chèque, bien sûr », assure le réalisateur français, auteur de plusieurs autres documentaires sur Kinshasa, la ville tentaculaire qui vous prend dans son tourbillon de musique et d’art de rue.

La rencontre avec le groupe était exceptionnelle, mais cette histoire-là est finie. Renaud ne voit plus Ricky. Le Staff se cherche une nouvelle vie.

La rumba congolaise en campagne pour le patrimoine de l’humanité

Une campagne officielle a été lancée à Kinshasa, mardi 17 août, pour promouvoir l’inscription de la rumba congolaise, style majeur de la musique africaine, au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Le dossier, déposé en 2020 auprès de l’Unesco, est défendu de part et d’autre du fleuve Congo par les deux pays qui en tirent leur nom, la République démocratique du Congo (RDC) et le Congo-Brazzaville.

« Il nous reste la phase de promotion et de lobbying […] afin d’appuyer activement cette candidature d’ici à la fin de l’année 2021 », a déclaré André Yoka Lye Mudaba, directeur général de l’Institut national des arts et président du Comité mixte pour la promotion de la rumba congolaise, cité par le quotidien Le Potentiel. La version cubaine de la rumba a été admise par l’Unesco au patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2016.

Lors d’une cérémonie à Kinshasa, la ministre de la culture, Catherine Kathungu Furaha, a appelé à une mobilisation tous azimuts dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans les ambassades, les ministères, les universités et les écoles… Elle a souhaité que des émissions radiotélévisées fassent connaître chaque semaine à la population « l’histoire glorieuse de la rumba, partie d’un rite de la danse du nombril pour devenir une identité emmenée par des afro-descendants et nous tous, chacun à son époque ».

Le Monde avec AFP