Musique : le fétichisme nostalgique des « cover albums »

Pochette de l’album « Love on the Beat » par Alex Beaupain

Avec sa version de Love on the Beat, Alex Beaupain est l’un des premiers chanteurs, en France, à avoir enregistré la réinterprétation intégrale d’un album d’un autre artiste. Hasard ou pas, les autres rares exemples concernent aussi Serge Gainsbourg. Son héritier le plus légitime, Alain Bashung (1947-2009), avait couché sur bande, peu de temps avant sa mort, l’ensemble de L’Homme à la tête de chou, album culte de 1976, pour les besoins d’un ballet chorégraphié, en 2009, par Jean-Claude Gallotta. L’enregistrement faisant, en 2011, l’objet du premier album posthume du créateur de Gaby oh Gaby.

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Si l’ex-époux de Jane Birkin a aussi eu droit, en 2012, à la reprise plus allumée – mais plus confidentielle –, d’Histoire de Melody Nelson, par l’excentrique François « Holkash » Schmitt, c’est essentiellement en concert que des hommages ont été rendus à des classic albums français. Le festival des Francofolies de la Rochelle en a été plusieurs fois à l’origine, avec la création de spectacles comme ceux de Gaëtan Roussel reprenant Play blessures, l’album cold wave de Bashung coécrit avec Gainsbourg (décidément !), de Julien Doré replongeant dans La notte, la notte, le deuxième album d’Etienne Daho, ou de Jeanne Cherhal habitant Amoureuse, premier opus de Véronique Sanson.

Privilégier l’art de la reprise

En terres anglo-saxonnes, le fétichisme nostalgique du cover album est nettement plus pratiqué. Comme si à l’ère du streaming et de la musique consommée au titre, les générations bercées par ce support de référence du répertoire rock s’accrochaient aux longs formats ayant construit leur imaginaire collectif. Quitte, paradoxalement, à privilégier l’art de la reprise, alors que la culture de l’album s’est développée dans la célébration des œuvres originales.

Ces hommages peuvent passer par des compilations de divers artistes, comme le fut, en 1988, le fondateur Sgt Pepper Knew My Father (avec Sonic Youth, Wet Wet Wet, Billy Bragg…), publié à l’initiative du magazine anglais, NME, pour fêter les 20 ans du chef-d’œuvre des Beatles. Ou comme le tout récent I’LL Be Your Mirror, rassemblant la crème de la scène rock alternative d’hier (Iggy Pop, Michael Stipe…) et d’aujourd’hui (Fontaines D.C., Kurt Vile…) en l’honneur de The Velvet Underground & Nico, premier album du groupe de Lou Reed (repris par ailleurs intégralement par Beck en 2009).

Nombreux ont aussi été les artistes se consacrant à la réinterprétation d’un disque ayant marqué leur vie. Certains sont même devenus des spécialistes du genre comme les Texans des Smithereens (reprenant deux albums des Beatles et le Tommy des Who), les psychédéliques Flaming Lips (revisitant Pink Floyd, les Stone Roses…) ou les Américano-Jamaïcains des Easy Star All-Stars passant à la moulinette reggae-dub The Dark Side of the Moon de Pink Floyd, OK Computer de Radiohead ou Sgt Pepper des Beatles.

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