Musique : Ondes de choc mémorables au festival Aux armes contemporains!

Le saxophoniste Eudes Bernstein  lors du concert d’ouverture du Festival Aux armes, contemporains!,  à La Scala Paris, le 8 octobre.

Deux ans après avoir achevé ses études de saxophone au Conservatoire de Paris, Eudes Bernstein a déjà un nom – sans lien de parenté avec le célèbre musicien américain. Il n’a plus désormais qu’à se faire un prénom et la Scala Paris y aura contribué, vendredi 8 octobre, en lui confiant le concert d’ouverture de la 4e édition du festival Aux armes contemporains ! Un programme ambitieux qui a vu le jeune interprète jongler brillamment avec trois déclinaisons de son instrument et s’associer de manière aussi talentueuse avec divers partenaires.

La première pièce du programme, Inflexion à la mémoire de Gérard Grisey, composée en 2001 par Ondrej Adamek, a fourni une formidable illustration de cette double aptitude, d’instrumentiste accompli et de chambriste idéal. Eudes Bernstein s’y est présenté en sculpteur de sons jouant avec un frère siamois (le saxophoniste Joakim Ciesla) autour d’une note constamment revisitée. Une autre pièce écrite en mémoire de Gérard Grisey (représentant majeur du courant spectral mort en 1998 à l’âge de 52 ans) a figuré le sommet du concert. Dans cette miniature de Philippe Leroux, Un lieu verdoyant (1999), véritable chef-d’œuvre d’art vocal, la soprano (Jeanne Crousaud) n’habille pas le texte par un mode d’expression inédit, elle l’habite. Et, dans ce duo, le saxophone d’Eudes Bernstein n’apparaît plus comme un jumeau mais comme un alter ego.

Monologue très pénétrant

Parmi les autres pièces de ce concert multipistes, on se hâtera d’oublier les Strates de Vincent David, par trop référencées (Prokofiev, Chostakovitch), ainsi que l’inutile transcription de La Valse de Ravel, édulcorée en version trio (piano, violon, saxophone soprano). On aimerait en faire autant avec le Long Playing de Matteo Franceschini, donné en création mondiale, mais ce sera difficile tant s’est avérée pénible l’écoute de cette production égarée entre malfaçons volontaires (bugs de l’électronique) et contrefaçon inaboutie (jazz pseudo-contemporain).

Rien de tel avec l’opéra tétanisant de Yann Robin, Le Papillon noir, donné en seconde partie de soirée sous la forme d’une simple mise en espace (Arthur Nauzyciel) de l’ouvrage créé en 2018. Le monologue très pénétrant d’une femme (Elise Chauvin, rôle parlé) qui glisse vers la mort après avoir été renversée par une voiture et qui va en voir de toutes les couleurs, magnifiquement rendues par les vocalistes des Métaboles et par les instrumentistes de l’ensemble Multilatérale, sous la direction experte de Léo Warynski. Le texte de Yannick Haenel, à tendance hallucinatoire et à portée métaphysique, trouve dans la musique de Yann Robin une infinité de prolongements, des ondes de choc dans tous les sens du terme.