Musique : Sopico, le rappeur qui tombe à pic

Sopico, à Paris, en juin 2021.

Pour sortir du lot, les artistes sont prêts, aujourd’hui, à prendre tous les risques. Sopico, qui a publié son premier album, Nuages, le 15 octobre, n’avait pourtant pas besoin de se mettre la tête dans le vide à 120 mètres de hauteur pour se faire remarquer, tant son rap mêlé de guitare est remarquable.

Il l’a pourtant fait pour le tournage du clip vidéo de Slide, le titre où il prétend d’ailleurs incarner la fusion entre Nirvana et le Wu-Tang. Attaché par un simple câble, il descend debout et à l’horizontale, guitare à la main, la façade de la tour Pleyel à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Cette dernière, en réhabilitation pour devenir un hôtel de luxe pendant les Jeux olympiques de 2024, est le décor parfait pour son morceau rythmé par un riff métallique.

Ancien étudiant d’une école de cinéma, le rappeur originaire de Stains (Seine-Saint-Denis), a passé son adolescence dans le 18e arrondissement de Paris, où son père, athlète de haut niveau, s’était reconverti dans le social. Avant ce clip, il n’avait jamais pratiqué l’escalade : « J’ai mon BAFA [brevet d’animateur], s’amuse-t-il dans les coulisses d’un concert. J’ai fait une initiation, une fois, en sortie avec des enfants, mais, là, c’est la première fois que je suis aussi haut, la tête dans le vide. Je suis un peu casse-cou. Je voulais faire une performance et quelque chose de vertigineux, mais je ne savais pas où. Et puis on m’a proposé la tour Pleyel. »

Nervosité des textes

Sopico, de son vrai nom Sofiane Sid-Ali, n’est pas facilement impressionnable. Déjà, en 2019, il se retrouve à collaborer à la bande-son de la série diffusée sur Netflix The Eddy, de Damien Chazelle, au côté du compositeur Glen Ballard, coauteur de Michael Jackson, d’Alanis Morissette et du pianiste jazz Randy Kerber : « Les Américains arrivent toujours à l’heure, se rappelle-t-il. Quand ils sont en studio, ils savent quel est leur plan de travail pour la journée, avec des plages de liberté et d’interprétation. J’étais à l’opposé, je me disais plus : “Ne réfléchis pas, livre ce que tu as à livrer, n’aie pas de cadre.” Eux m’ont appris à m’organiser, à me structurer. » Bien leur en a pris, cela faisait plus de trois ans que Sopico travaillait sur son album de « rackeur », comme il dit, entre rap et rock, avec le musicien Yodelice, qui l’avait repéré quelques années plus tôt.

En concert, le rappeur, qui s’est taillé une petite réputation dans les battles de son quartier, a pourtant tout l’air d’un musicien du groupe punk The Ramones. Bonnet et lunettes noirs, petite moustache et cheveux mi-longs, Sopico se tient bien droit devant son micro et semble retenir les chevaux qu’il a sous le capot. Il s’est entouré d’une bassiste, Anne-Sophie Ambroisine, d’un batteur, Yoann Danier ; pour les grosses scènes, il fait appel à un deuxième guitariste et à un choriste, et enjoint à son public de danser le pogo.

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