« Mytho », saison 2 : une famille empoisonnée par le mensonge

Zélie Rixhon, Marina Hands et Jérémy Gillet dans «  Mytho » saison 2, réalisée par Anne Berest et Fabrice Gobert.

ARTE – JEUDI 7 OCTOBRE À 20 H 55 – SÉRIE

Il arrive que les séries mutent sous nos yeux. Mytho avait entamé sa métamorphose en cours de première saison, lorsque la comédie noire imaginée par Anne Berest (une mère de famille gagne enfin l’attention et l’affection des siens en s’inventant une tumeur) avait glissé dans une dimension fantastique, dans laquelle on discernait mal ce qui attendait Elvira Lambert (Marina Hands) et sa tribu.

Au terme des six épisodes de cette deuxième saison, on est fixé : malgré quelques intermèdes plus légers, on naviguera entre tragédie et mélodrame. Lointains descendants des Atrides, cousins des Ewing, les Lambert se déchirent, s’éloignent et se retrouvent au gré de révélations abasourdissantes et de confrontations des membres du clan avec les contraintes et les violences de notre monde.

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Il faudra donc suivre des chemins plus fréquentés, guidés par des personnages désormais familiers et leurs excellents interprètes. L’étrangeté des débuts de Mytho, qui reposait sur son postulat exorbitant, incombe désormais à la mise en scène de Fabrice Gobert et Romaric Thomas et à l’image de Patrick Blossier. Ils inventent une infinité de variations troublantes autour de la banalité pavillonnaire du décor, des rituels suburbains de la vie quotidienne. C’est assez pour maintenir l’intérêt, sans tout à fait convaincre de la nécessité de renouveler le bail des Lambert.

Citations cinéphiles

On retrouve donc Elvira menant une vie de bannie, rejetée par les siens après la révélation de son mensonge. L’injustice de la situation est exacerbée par la mise en scène des mensonges, conscients et inconscients, qui structurent l’existence de l’époux de la réprouvée, Patrick (Mathieu Demy), qui fuit les conséquences de son infidélité dans la dépression ; Carole (Marie Drion, dite Minette), la fille aînée, est, elle, prise dans les rets mensongers de Madame Menard (Catherine Mouchet, terrifiante), qui tient la succursale locale d’une secte ressemblant à s’y méprendre à l’Eglise de scientologie ; Sam (Jérémy Gillet, sans doute la figure la plus attachante), l’enfant gender fluid, se raconte à lui-même que le garçon qu’il aime lui rend son affection. Quant à Virginie, la benjamine (Zélie Rixhon), elle pratique la forme la plus élémentaire du déni de réalité, celle qui consiste à se boucher les oreilles en chantant très fort.

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Pendant qu’Elvira s’acharne à retrouver le chemin de la maison, d’autres se mettent sur son chemin, à commencer par Lorenzo (Luca Terracciano), le très jeune homme dont elle s’est fait tatouer le prénom dans le cou. Ce qui fermente entre ces deux-là ancre résolument cette saison du côté du mélodrame. Sandrine (Marie Bouvet) la voisine dont on dirait qu’elle a réussi à suivre tous les conseils de tous les titres de la presse féminine, entreprend avec une patience et une abnégation inquiétantes de prendre la place d’Elvira auprès de Patrick.

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