Nanni Moretti : « Je veux avoir l’illusion que donner l’exemple compte »

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Publié aujourd’hui à 04h22

Grand, sec, élégant, caustique, affable, mordant, et molto simpatico, Nanni Moretti reste, à 68 ans, fidèle à lui-même. Après de nombreux succès, parmi lesquels Journal intime (1994), La Chambre du fils (2001), Habemus Papam (2011), le réalisateur et acteur italien présente Tre piani. Ce quinzième long-métrage, en sélection officielle lors du dernier Festival de Cannes, sort en salle le 10 novembre.

Nanni Moretti, au Festival de Cannes, en mai 2015.

Je ne serais pas arrivé là si…

Si, à 17 ans, je n’avais pas arrêté le water-polo. Je jouais en ligue 1 et dans l’équipe nationale junior. J’ai recommencé à jouer, cinq ans après, tout en étant conscient que je ne me réalisais pas dans une piscine. Et j’avais déjà commencé à tourner un court-métrage. Si j’avais continué le water-polo, je pense que j’aurais fait les Jeux olympiques de 1976 et de 1980, ensuite je serais devenu entraîneur. Je ne vois pas d’autre issue. Je ne réussissais pas à m’imaginer enseignant, comme l’étaient ma mère, mon père, ma sœur et mon frère. Même si je pense que c’est un très beau métier. Mais je n’ai pas fait de bonnes études et j’en ai le regret.

A 17 ans, il y a eu toute une série d’abandons : j’ai arrêté de faire de la politique et j’ai arrêté l’école. Ce n’était pas une bonne période. Je suis allé deux semaines à Paris et deux semaines à Londres, où mon frère préparait sa thèse de littérature anglaise. J’ai commencé à étudier seul et j’ai passé mon bac en candidat libre.

J’imagine qu’il y a aussi des raisons positives, pas que des renoncements ?

Je ne serais pas arrivé là si je n’avais pas habité à Rome. Si j’avais fait mon premier long-métrage en super-8, Je suis un autarcique [1976], dans une petite ville, il ne se serait rien passé du tout. A Rome, il y a quarante-cinq ans, les journaux comptaient encore, il y avait la télévision nationale, la RAI, et ce ciné-club de super-8 où mon film est passé. Grâce au cas que l’on a fait de ce film j’ai trouvé un vrai producteur pour faire un vrai film, Ecce Bombo [1978], projeté dans de vrais cinémas.

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A 22 ans – après trois courts-métrages en super-8 –, j’avais écrit un scénario qui s’appelait Militanza, militanza, pour lequel je cherchais des producteurs. J’ai vite compris qu’avec un tel sujet, non seulement ils ne le produiraient pas, mais qu’ils ne liraient même pas le scénario. Si j’avais commencé à me lamenter et à me plaindre de la méchante industrie du cinéma, je serais rentré dans le cercle vicieux de la victimisation. Si je m’étais considéré comme un « incompris du système », comme une victime, je ne serais pas arrivé là. Cela tient aussi à l’accueil qu’a reçu Ecce Bombo, un malentendu parfait ! Je croyais avoir fait un film douloureux pour un public restreint et j’ai découvert que c’était un film comique, grand public.

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