« Napoléon est devenu une véritable marque touristique »

Auteur de l’ouvrage Les Hommes de Bonaparte (Perrin, 250 pages, 22 euros), l’historien Jean-Philippe Rey revient sur « le vol de l’Aigle » – son bref retour en 1815 – et la mémoire persistante de ce périple deux siècles plus tard.

La route actuelle diffère-t-elle beaucoup de celle empruntée par Napoléon en 1815 ?

L’itinéraire est plus ou moins identique. La route Napoléon s’articule autour des étapes qui ont été celles du « vol de l’Aigle ». Les stèles, plaques et monuments que l’on peut admirer signalent fidèlement son passage. En revanche, le tracé proprement dit de la route s’écarte en plusieurs endroits de celui réellement suivi par Napoléon en 1815, par exemple dans les beaux lacets qui précèdent Seranon [Alpes-Maritimes].

Cette route célèbre le retour de l’Empereur, qui conduisit à la déroute de Waterloo…

La route symbolise assez bien le paradoxe des Cent Jours, véritable catastrophe nationale devenue un mythe positif de la légende napoléonienne. Il y a quelque chose d’épique dans cette conquête d’un pays par un seul homme. C’est cela que Napoléon, communiquant génial, a su durablement inscrire dans la mémoire collective. Que tout cela se finisse à Waterloo n’empêche rien : « C’est bien plus beau parce que c’est inutile », Cyrano le dit bien !

A partir de quand célèbre-t-on ici le passage de Napoléon ?

La mémoire populaire des événements se fixe presque immédiatement autour de multiples anecdotes, vraies ou fausses, que l’on raconte encore aujourd’hui. Des monuments apparaissent dès le Second Empire mais ce sont les années 1930 qui voient se multiplier plaques et statues sur le parcours.

D’où vient l’idée d’en faire une « route touristique » ?

L’idée de nommer la RN 85 « Route Napoléon » est lancée en 1913 par un curé du Var, mais il faut attendre 1932 pour la création du label. En 1969, une association rassemblant les communes traversées par la route est créée (Action nationale des élus pour la Route Napoléon), donnant encore plus de consistance au projet. Ce type de fédération a fait flores, notamment en Champagne ou en Wallonie. Aujourd’hui, le réseau des « villes impériales » fondé à l’initiative de Rueil-Malmaison [Hauts-de-Seine] en 2011 – où se trouve La Malmaison, emblématique demeure du couple Napoléon-Joséphine de Beauharnais – continue à se développer. Napoléon est devenu une véritable marque touristique.

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