Natacha Valla : « La Banque centrale européenne abandonne l’archaïsme monétaire »

Tribune. Les stratégies de politique monétaire sont comme les vins : elles vieillissent plus ou moins bien. La Banque centrale européenne (BCE) a revu la sienne en juillet 2021. Mais quelles seront les conséquences des changements annoncés pour les citoyens de la zone euro ?

La mesure star de cette révision est l’introduction d’une « symétrie » dans la cible d’inflation de moyen terme fixée à 2 %, qui, en outre, intégrera désormais, dans l’indice des prix, les coûts liés à l’occupation des résidences principales. La symétrie signifie que les écarts d’inflation par rapport à 2 % seront considérés comme tout aussi indésirables qu’ils adviennent par défaut ou par excès. La BCE élimine ainsi le biais anti-inflationniste implicite dans la cible précédente de 2003, spécifiée comme « inférieure à, mais proche de 2 % ».

Prise en compte des objectifs climatiques

Certains verront dans cet ajustement une subtilité purement rhétorique dont les technocrates ont le secret. En réalité, la BCE sera désormais plus tolérante qu’auparavant pour l’inflation lorsque celle-ci sera supérieure à sa cible. Elle ne se précipitera pas pour remonter les taux d’intérêt et freiner la surchauffe économique ; ni pour retirer les liquidités massives créées depuis 2008. Le risque d’un faux pas où, en voulant combattre l’inflation, la BCE ferait replonger la zone euro dans une récession, a donc plus de chances d’être écarté.

Les taux resteront bas, la liquidité ample plus longtemps. Un tel degré de tolérance sera précieux durant la phase de retour à la normale « post-crise » qui s’annonce, surtout si les frémissements d’inflation perceptibles dans certaines régions du monde et sur certains marchés (matières premières) persistent.

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Seconde mesure très attendue : la prise en compte, par la BCE, des objectifs climatiques. Ici, la prudence a prévalu. La BCE reste concentrée sur son mandat premier, celui pour lequel elle est outillée, la stabilité des prix, tout en reconnaissant que l’objectif climatique est l’affaire de tous. Notamment la sienne, dans la mesure où les développements climatiques et environnementaux affecteront également la stabilité des prix et la stabilité financière. Cette approche raisonnable est saine et constructive. D’aucuns la trouveront timide. Elle révèle, au contraire, maturité et imagination.

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Comme elle l’affirme elle-même, la BCE intégrera davantage les considérations climatiques dans son cadre de politique monétaire ; elle étendra sa capacité d’analyse dans ce domaine ; elle contribuera à évaluer et divulguer les risques liés au climat et à promouvoir la communication sur la soutenabilité environnementale ; elle prendra en compte des critères environnementaux dans le choix de ses achats d’actifs d’entreprises et des titres qu’elle prend en pension. Franchement, elle pouvait difficilement faire plus.

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