Nathacha Appanah à la recherche de Maurice, terre promise

Sur l’île Maurice.

En 2016, alors même que Tropique de la violence (Gallimard), son grand roman sur Mayotte, connaissait un vif succès, Nathacha Appanah confiait, dans Petit Eloge des fantômes (Folio), être hantée par un autre livre : « Je rêve d’écrire un récit lumineux sur mes grands-parents, quelque chose qui soit beau, qui soit clair comme les matins d’été dans leur village, qui soit vrai aussi et qui dise ce monde perdu d’où ils viennent. »

Soit le nord de l’île Maurice, où, au début du XXe siècle, ses grands-parents sont nés dans un camp de travailleurs indiens. D’eux, la romancière, journaliste et traductrice née en 1973 à Mahébourg, installée en France depuis 1998, ne conserve que des rumeurs et des bribes d’anecdotes tissées en légende. Elle regrette de ne pas avoir interrogé ses aïeux disparus sur leur quotidien et les langues qu’ils parlaient avec leurs parents – des immigrants indiens venus à Maurice à la fin du XIXe siècle pour remplacer les esclaves affranchis dans les champs de canne.

La terre natale revient tourmenter

Ses grands-parents sont ses « premiers fantômes », ceux pour qui elle est devenue écrivaine. Si ce vide ne l’a pas empêchée de situer son œuvre à Maurice (jusqu’en 2016), ou d’y rattacher ses personnages, il explique sans doute les thèmes entêtants de ses premiers romans que sont l’exil, la question de la transmission, la dimension insaisissable de l’histoire et de la géographie de son pays. Souvent, ça commence par un leurre, que l’écriture lyrique, le rythme entêtant de Nathacha Appanah tente de déconstruire, en se plaçant au plus près de ses protagonistes, dans leur manière de regarder leur île, de tenter d’appréhender ses paysages, son histoire. Ou en sondant la manière, souvent violente, qu’ont la terre natale et les proches laissés derrière eux de revenir les tourmenter alors qu’ils tentent de refaire leur vie en France. Ainsi Anita, dans En attendant demain (Gallimard, 2015), s’engouffre dans sa nouvelle existence dans les Landes, comme si la forêt de pins pouvait tout effacer.

La fuite et le retour sont impossibles dans son premier roman, Les Rochers de Poudre d’Or (Gallimard, 2003). Il suit la trajectoire de travailleurs indiens « engagés », partis de leurs villages dans l’espoir de faire fortune à « Merich », l’île Maurice sous domination britannique, où l’on trouve de l’or sous les rochers. Les autorités britanniques leur font signer des contrats de cinq ans qu’ils ne comprennent pas. Qu’importe, la terre promise les encourage à braver le « kala pani », l’enfer que représente l’étendue noire de l’océan Indien. Lors de la traversée, la maladie et la folie frappent. A leur arrivée, ils seront parqués dans des hangars puis transportés chez les propriétaires français. D’or, il n’y a point sous les rochers.

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