« Ni 100% israélienne, ni 100 % française », Tami Notsani, le voyage en héritage

La photographe Tami Notsani, dans son atelier, quai de la Loire, à Paris (19e), le 12 juillet 2021.

Son nom même dit l’exil. Née en Israël en 1972, installée en France depuis 2000, Tami Notsani est le fruit d’un siècle de voyages, contraints ou choisis. « Tami, diminutif de Tamara, signifie palmier dattier, nous raconte la photographe. Notsani est l’équivalent hébreu de “Federlein”, petite plume en allemand. Mon grand-père paternel a fait traduire son patronyme quand il est arrivé en Palestine dans les années 1920, reste d’une époque où l’on voulait effacer les traces du passé. » Exilée volontaire, par amour et par conviction, elle cherche à renouer le fil. « Je travaille beaucoup sur la transformation, celle des visages adolescents ou vieillissants, celle des paysages. C’est l’évolution qui me semble importante. Et mettre les doigts sur les traces », confie cette amoureuse de l’argentique parce qu’il « prend si bien en compte le temps ».

« Quand tu vis dans un pays en guerre, tu ne peux pas réfléchir. En prenant de la distance avec ce territoire, j’arrive mieux à le voir »

Impossible de raconter son exil sans remonter aux générations qui la précédèrent. C’est par l’histoire de sa grand-mère qu’elle amorce son récit, quand nous la rencontrons dans son atelier du canal Saint-Martin, à Paris, autour d’un café. Elle s’excuse : « Je ne sais pas s’il est bon, je n’ai pas appris à en faire à l’armée, j’étais mécano. » Elle vient tout juste de réaliser une exposition sur cette grand-mère, « femme magnifique » décédée il y a quinze ans, et la « très vive absence qu’elle ressent ». Elle y a déployé des images de son appartement de Haïfa, habité, puis vide, des souvenirs, album de famille, babioles, jusqu’à cette tasse de thé qui semble tout juste dégustée. « Tout ce qui fait l’essence d’une personne qui part, et permet de soulever chez le visiteur plein de récits personnels. »

Passionnée par les recherches récentes en épigénétique – qui démontrent que le trauma se transmet de génération en génération, de chair en chair –, elle « comprend mieux aujourd’hui ce que cette grand-mère a laissé derrière elle ». Née en 1911 en Pologne, elle parlait polonais, russe, français. Etudes supérieures, un premier mari médecin et musicien, « et puis ce long fleuve tranquille coupé par la seconde guerre mondiale ». L’aïeule s’enfuit vers la Russie, où ses yeux bleus apparaissent suspects : elle passe plusieurs mois dans les prisons soviétiques, soupçonnée d’intelligence avec les nazis. A la fin de la guerre, elle ne retrouve pas son époux. Second mariage, retour en Pologne, divorce. Elle cède son appartement de Varsovie contre un diamant, et part pour Israël, « sans connaître la langue ni la culture », raconte Tami Notsani.

Il vous reste 59.05% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.