Nicaragua : le régime ordonne l’arrestation de l’écrivain Sergio Ramirez

Le régime de Daniel Ortega a fait un pas de plus dans la persécution de ses opposants. Mercredi 8 septembre, la justice nicaraguayenne s’en est prise, cette fois, à l’écrivain Sergio Ramirez, prix Cervantes 2017 – le plus prestigieux du monde littéraire espagnol – en demandant son arrestation pour « conspiration » et « incitation à la haine ».

Ancien allié de Daniel Ortega dans la lutte contre la dictature de Somoza (1936-1979), Sergio Ramirez, 79 ans, avait quitté le pays en juin après avoir été entendu comme témoin dans le cadre de l’enquête sur la Fondation Violeta Barrios de Chamorro, une ONG de soutien au journalisme et à la liberté de la presse, dirigée par Cristiana Chamorro.

Considérée comme l’adversaire le plus menaçant pour le président Daniel Ortega, qui brigue un quatrième mandat d’affilée, Mme Chamorro est elle-même assignée à résidence depuis le 2 juin. Son ONG, qui a fermé ses portes en février, est accusée d’atteinte à la souveraineté du pays et de blanchiment d’argent.

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Persécution politique

Le parquet accuse M. Ramirez, contre lequel un mandat d’arrêt a été lancé, d’avoir reçu des fonds de cette fondation qui auraient été déviés pour financer « des personnes et des organismes qui cherchaient la déstabilisation de la bonne marche du développement économique et social du pays ».

Membre, au côté de Daniel Ortega, de la junte de gouvernement formée par le Front sandiniste de libération nationale en 1979 après la chute de la dictature, Sergio Ramirez avait occupé les fonctions de vice-président pendant le premier mandat de M. Ortega (1985-1990). L’écrivain et avocat était en rupture avec le sandinisme depuis 1995. C’est à cette époque qu’il s’est éloigné de la politique pour se consacrer à l’écriture. Auteur du roman Châtiment divin (Denoël, 1994), M. Ramirez a également été récompensé par le prix Alfaguara, en 1998, pour Margarita, esta linda la mar (non traduit).

Sa mise en accusation est une étape de plus dans la répression exercée par le régime d’Ortega, de nouveau au pouvoir depuis 2007, contre toute forme d’opposition. Depuis juin, le gouvernement nicaraguayen a accusé d’atteinte à la souveraineté ou de complot contre l’Etat 34 opposants, dont sept candidats à la présidence, en vertu de lois liberticides approuvés en 2020 par le Parlement. Il les accuse d’être des conspirateurs dont le but est de renverser le gouvernement avec l’aide des Etats-Unis.

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Dans une vidéo postée sur Twitter dans la nuit de mercredi, Sergio Ramirez rappelle que ce n’est pas la première fois qu’il est l’objet de persécution politique : « En 1977, la famille Somoza m’a accusé (…) de délits similaires : terrorisme, association pour commettre des crimes et atteintes à l’ordre et à la paix, alors que je luttais contre cette dictature, tout comme je lutte, aujourd’hui, contre celle-ci. »

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