Nick Cave et Warren Ellis, le gospel de la résilience

Nick Cave et Warren Ellis, en concert le 12 octobre, Salle Pleyel, à Paris.

Avec une vingtaine d’albums (sans compter les bandes originales de films) livrés sous son nom en près de quatre décennies, Nick Cave a fourni à ce vieux moribond qu’est devenu le rock une des œuvres les plus consistantes depuis la fin de « l’âge d’or ». Pas question, en conséquence, de manquer le passage de cet Australien migrateur (après Melbourne, Berlin, Londres ou Sao Paulo, aujourd’hui Brighton) dans cet ancien temple de la musique classique qu’est la Salle Pleyel, à Paris, avec un programme ad hoc. Quatre ans après deux concerts torrides, donnés en octobre 2017 au Zénith de La Villette avec The Bad Seeds, son gang historique à géométrie variable, le prêcheur halluciné revient en petit comité. Et en partageant son nom sur l’affiche, les 12 et 13 octobre, avec un compatriote : celui qui est devenu son principal collaborateur, le multi-instrumentiste Warren Ellis.

Tout l’univers de Nick Cave surgit, puisé dans les mythes du gothique américain, la Bible, et sa propre imagination

Assis à droite de la scène avec un clavier posé sur ses genoux, Ellis fait irrémédiablement songer à celui que l’on surnommait le « Viking de la VIe avenue », le compositeur américain Moondog (1916-1999). Non seulement pour la taille démesurée de sa barbe mais aussi parce que tous deux ont été des musiciens de rue et œuvrent dans le minimalisme. Un drone lugubre et spatial filtre avant que le maître de cérémonie ne pose son timbre de baryton de profundis pour Spinning Song. Et tout l’univers de Nick Cave surgit, puisé dans les mythes du gothique américain, la Bible, et sa propre imagination : il y est question d’un roi du rock’n’roll qui s’est écrasé sur une scène de Las Vegas (on pense aussitôt à Elvis, une obsession récurrente), d’un arbre à seize branches, d’un nid et d’un oiseau. Le verbe se fait chair par la puissance d’incarnation de Cave qui empoigne le micro dans son habit du dimanche : tour à tour conteur, crooner, prédicateur…

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Son tour de chant témoigne, à 64 ans, d’un artiste toujours en mouvement, pas près de se reposer sur ses succès de jadis (The Mercy Seat, le plus emblématique, est même exclu du répertoire) : sur 20 titres, les trois quarts proviennent des trois plus récents albums, Skeleton Tree, Ghosteen et Carnage, publiés après un drame personnel, la mort de son fils de 15 ans en 2015. Ces chansons de deuil et de désespoir, d’amour et de consolation, ne pouvaient être sacrifiées sur l’autel du rituel rock. Cave et Ellis leur offrent la forme la plus appropriée, celle du gospel, avec un trio mixte de choristes rompus à cet office (Wendi Rose, Janet Ramus et T Jae Cole, les deux premières ayant droit à des solos) et le Français Johnny Hostile à la basse et derrière un kit rudimentaire de batterie dont il utilise les peaux pour rythmer les marches funèbres.

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