Nicole Gnesotto : « De Kaboul aux sous-marins, trois leçons stratégiques à retenir »

Tribune. Vingt ans pour rien. Une coalition de plus de 140 000 hommes au plus fort du conflit, avec un soutien initial des cinq membres permanents des Nations unies et de 38 autres pays, un coût pour le Pentagone de 800 milliards d’euros, un engagement de l’OTAN qui prend le commandement des opérations en 2003 avec 50 pays partenaires, un soutien financier de l’Union européenne à hauteur de 4 milliards d’euros depuis 2002, des dizaines de milliers de victimes, 3,5 millions de personnes déplacées dans le pays, 2,5 millions de réfugiés dans les pays limitrophes, et les talibans reprennent le pouvoir à Kaboul en septembre 2021. Au-delà du choc des images et de l’effroi devant l’échec, trois leçons méritent d’être retenues pour la gestion de la sécurité internationale après Kaboul.

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La première illustre l’impuissance de la force militaire dans le règlement des conflits de l’après-guerre froide. Depuis 1991, les Occidentaux ont mené de multiples opérations militaires extérieures : Somalie, Afghanistan, Irak, Haïti, Kosovo, Libye, Syrie, République démocratique du Congo, Tchad, Soudan, Sahel, etc. Une seule réussit à rétablir la paix et le droit international : l’intervention contre Saddam Hussein en 1990-1991, chassé du Koweït qu’il venait d’envahir, par une coalition de 35 Etats dirigés par les Etats-Unis. Toutes les autres se sont soldées par des impasses ou des échecs. Les pays s’enfoncent dans la guerre civile (Libye, Syrie), dans la déstabilisation catastrophique (Somalie), dans la misère et les troubles politiques (Haïti), dans un désordre constant (Irak, Mali), profitant uniquement aux forces terroristes et au crime organisé. Le Soudan du Sud, créé en 2011 pour mettre fin à la guerre civile, est notamment devenu l’une des pires dictatures de la planète.

Brutalité unilatérale

Tout se passe comme si les règles de l’ancien monde fonctionnaient désormais à l’envers. La possession et l’usage de la force avaient été, pendant la guerre froide, la marque de la puissance des Etats, le sésame de leur influence mondiale ; c’est devenu, dans le système actuel, un outil indispensable en termes de crédibilité internationale, mais inefficace en termes de résultats : on n’exporte pas la démocratie par les armes (Irak), on ne construit pas des Etats-nations sur le modèle occidental par des occupations étrangères (Afghanistan, Irak), on n’impose pas la réconciliation des sociétés par des moyens militaires. Les objectifs sont peut-être légitimes, les moyens sont à repenser de fond en comble.

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