Nina Stemme, la première Isolde du Festival d’Aix-en-Provence

La soprano Nina Stemme, en 2017.

Il a fallu attendre son jour de congé, jeudi 17 juin, pour la rencontrer. Mais la soprano suédoise Nina Stemme, est là, cheveux blonds et carré court, yeux bleu-vert, dans le petit salon du Grand Théâtre de Provence. Dix heures du matin tapantes. C’est tôt pour une cantatrice qui a assuré, la veille au soir, la générale avec piano de Tristan und Isolde, de Wagner, donné pour la première fois au Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, où la grande wagnérienne fera ses débuts, du 2 au 15 juillet, dans le rôle mythique d’Isolde, dont elle est, depuis 2003, une référence absolue. Une position conquise au Festival de Glyndebourne, dans la production mise en scène par Nikolaus Lehnhoff (DVD Opus Arte), reprise notamment au Festival de Baden-Baden, en 2007. Aisance et présence fascinantes, la chanteuse (qui rappelait la Romy Schneider de L’Important c’est d’aimer, 1975, de Zulawski) incarnait une amoureuse de charme et de feu.

Voix d’ambre chaud, projection puissante, souffle généreux, une ligne de chant d’une grâce et d’un modelé incomparables

« A l’époque, j’étais une jeune femme qui interprétait une jeune princesse très altière. Aujourd’hui, je suis une femme mûre, ce qui correspond d’ailleurs au souhait du metteur en scène, Simon Stone. Les sentiments, les émotions, se sont approfondis. Ils sont moins violents et plus humains. » Remettre un rôle chanté plus d’une centaine de fois sur le métier, voilà ce qui passionne Nina Stemme. L’a-t-elle pour cela peaufiné, ce personnage travaillé sous la férule du pianiste et coach vocal wagnérien Richard Trimborn, familier de chefs comme Carlos Kleiber ou Wolfgang Sawallisch ? « Durant deux ans, on a travaillé mesure par mesure, harmonie par harmonie, phrase par phrase. Il m’a même suivie chez moi, à Stockholm, quand j’y retrouvais mes enfants et mon mari, qui est scénographe. J’ai toujours su que j’allais vivre longtemps avec Isolde. »

Lire aussi : Nina Stemme, une Isolde de charme et de feu dans « Tristan »

Voix d’ambre chaud, projection puissante, souffle généreux, une ligne de chant d’une grâce et d’un modelé incomparables : difficile de croire que cette femme sympathique, en jean court et top rose, si tranquillement installée dans le matin aixois, se transformera en torche vivante sur un plateau. Et pourtant, c’est elle qu’on a vu aimer et souffrir, souffrir et tuer, tuer et mourir, dans la sulfureuse Lady Macbeth de Mzensk, de Chostakovitch, mis en scène, en 2019, au Festival de Salzbourg, par Andreas Kriegenburg, sous la direction du regretté Mariss Jansons. La même qui a enflammé l’Opéra Bastille dans La Fanciulla del West, de Nikolaus Lehnhoff, en 2014, où elle campait une Minnie plus Calamity Jane que Caroline Ingalls, prête à tout pour sauver son amoureux de la potence. Femme forte. Femme tellurique. Mais aussi capable d’infinies nuances, comme dans la fameuse « Liebestod » wagnérienne, cette mort d’amour d’Isolde, dans laquelle elle aime à se noyer. « Dans Wagner, il faut une belle endurance pour garder le même instrument tout au long de l’opéra, soupire-t-elle. Mais il faut aussi savoir jouer avec l’orchestre, spécialement dans cette “Liebestod” écrite de façon que la voix plonge dans la musique, en émerge, et plonge à nouveau. »

Il vous reste 63.06% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.