Ninja Thyberg et Sofia Kappel : « Il y a une forme d’honnêteté dans le porno »

La réalisatrice Ninja Thyberg.

Prix du Jury au festival du cinéma américain de Deauville, Pleasure plonge dans les coulisses du cinéma pornographique à travers le parcours d’une jeune fille, incarnée par Sofia Kappel, 23 ans. L’actrice et la réalisatrice expliquent comment elles ont collaboré sur ce sujet sensible.

Avant « Pleasure », vous aviez réalisé un court-métrage du même titre qui se situait déjà dans l’industrie du cinéma pornographique. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce milieu ?

Ninja Thyberg : Plusieurs choses. Mon travail, depuis toujours, tourne autour des mêmes sujets : le pouvoir, les médias, la sexualité, en relation avec l’identité de genre. Le porno, avant tout, c’est l’essence du regard masculin. C’était donc le prétexte idéal, pour un regard féminin, d’exposer celui-ci en retournant, littéralement, la caméra. J’ai voulu regarder vers les hommes et aussi vers la femme au centre de l’image pornographique. Le porno est, en général, stéréotypé de façon extrême. J’étais intéressée par la dimension humaine derrière le stéréotype et derrière cette création de fantasmes. Il y a une forme d’honnêteté dans le porno. Le contenu est basé sur ce que les gens recherchent vraiment. C’est une part de notre culture, un côté noir dont peu acceptent de parler. C’est tabou alors que c’est extrêmement important. Environ 80 % des hommes consomment de la pornographie. Peu de femmes le font mais leur nombre augmente.

Vous vous êtes plongée, durant plusieurs années, dans ce milieu. En dehors de votre héroïne, les autres personnages sont incarnés par des vrais professionnels de la pornographie, certains dans leur propre rôle. Etait-ce facile d’entrer dans ce monde si particulier ?

N.T. : Je l’ai fait durant une période de cinq ans. Cela a pris du temps, de rentrer dans cette communauté, mais je m’attendais à rencontrer davantage de méfiance et d’hostilité. Les gens qui font ça ont tellement l’habitude d’être jugés de façon très négative ! Ils sont victimes de toutes sortes de préjugés. Quand j’ai dit que je voulais simplement connaître et apprendre, montrer le côté humain, ils étaient contents que quelqu’un cherche à s’approcher de la vérité. Ils n’ont donc rien cherché à cacher.

Sofia, étiez-vous effrayée lorsque Ninja vous a parlé de ce projet ?

S.K. : Je ne dirais pas que j’étais effrayée par le projet en soi. Ce qui m’effrayait, c’était de me demander comment j’allais jouer ça. C’est mon premier rôle au cinéma. J’étais très curieuse, en tout cas, de connaître les coulisses de cet univers. J’ai grandi avec Internet, et le porno m’était très familier. C’était très différent pour mes parents, pour qui c’était moins accessible. J’ai commencé à voir du porno très tôt. Ma vie, ainsi que celle de nombreuses personnes, était affectée par cela mais on n’en parlait jamais.

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