Nirvana en studio à Los Angeles avec Butch Vig

De gauche à droite : Dave Grohl, Krist Novoselic et Kurt Cobain lors d’une séance photo pour « Nevermind » avec Kirk Weddle, en novembre 1991.

On a surnommé le producteur britannique George Martin « le cinquième Beatle ». Lui, c’est « l’homme de Nevermind », celui qui aurait transformé la citrouille grunge en carrosse radiophonique. Trente ans après ce tour de magie qui, dit-il, lui a « ouvert toutes les portes », Butch Vig, dans son studio de Los Angeles, se prépare à une tournée avec Garbage, dont il est le batteur derrière la chanteuse écossaise Shirley Manson. Le 11 juin a été publié le septième album du groupe, No Gods No Masters (Stunvolume/Infectious Music/BMG), autour de thèmes – le sexisme, le racisme, le capitalisme, la manipulation… – auxquels Kurt Cobain était particulièrement sensible.

Comme tout musicien qui se respecte, Kurt Cobain estime que sa maison de disques n’en fait pas assez pour lui

Au début des années 1990, la réputation de ce fan des Who qu’est Butch Vig est encore circonscrite au Midwest et à la presse spécialisée dans le rock indépendant. A Madison (Wisconsin), il a ouvert en 1983 le studio Smart avec son futur compère de Garbage, le guitariste Steve Marker. Y est notamment enregistré Twelve Point Buck (1989), quatrième album de Killdozer, un trio local de sludge, excroissance « boueuse » du metal. « Il s’est probablement vendu à 4 000 exemplaires, mais Kurt Cobain et Billy Corgan [le leader de Smashing Pumpkins] l’ont entendu », rappelle Butch Vig. Le chanteur de Nirvana l’a tant apprécié qu’il demande au producteur de façonner le son du disque qui succédera à Bleach.

Les séances initiales se déroulent dans la première semaine d’avril 1990 à Madison. Cinq titres du futur Nevermind sont au programme, mais un seul, Polly, sera conservé en l’état. Les bandes seront surtout utilisées pour alimenter le buzz autour d’un groupe déterminé à quitter le label indépendant Sub Pop – qui avait pourtant choisi « World Domination » comme slogan. Donc à pactiser avec le diable, c’est-à-dire « ces porcs de majors capitalistes », pour reprendre l’expression employée dans la note d’intention de Nirvana en 1988.

Kurt Cobain affirmera que cette décision obéit à une unique raison, se garantir une meilleure distribution mais, comme tout musicien qui se respecte, il estime que sa maison de disques n’en fait pas assez pour lui. Nirvana demande à un avocat de Los Angeles, Alan Mintz, de démarcher les grands labels et signe le 30 avril 1990 avec DGC Records, structure que vient de créer le magnat David Geffen pour rafraîchir son catalogue.

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