« Nommer le capitaine Dreyfus général à titre posthume est malheureusement une fausse bonne idée »

Tribune. A l’occasion de l’inauguration du Musée Dreyfus, on évoque aujourd’hui la possibilité d’attribuer à feu le capitaine Dreyfus le grade de général qu’il aurait probablement dû atteindre comme polytechnicien s’il n’y avait pas eu « l’affaire du capitaine Dreyfus » il y a plus d’un siècle.

Certes il faut continuer à honorer la mémoire d’une des plus éminentes victimes de l’antisémitisme, et probablement la plus éminente en France, lui qui a été injustement dégradé puis envoyé au bagne, avant d’être réhabilité grâce entre autres à l’intervention d’Emile Zola (le fameux « J’accuse… »).

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Toutefois, nommer le capitaine Dreyfus général à titre posthume est malheureusement une fausse bonne idée. En effet, cela n’apportera rien à Dreyfus, il fallait le faire de son vivant. Cela n’apportera rien à ses descendants sur le plan financier. Mais surtout, cela ne peut que nuire à la cause de Dreyfus.

Un risque de confusion

En effet, s’il est connu, c’est sous le nom de « capitaine Dreyfus » ; le terme « général Dreyfus » ne peut que troubler les mémoires, qui ont déjà facilement tendance à l’être, et pas seulement chez les jeunes. Parler de « l’affaire du général Dreyfus » ne peut que créer la confusion : ce général Dreyfus, c’est Alfred Dreyfus ou pas ? Son père, son fils ? Etc.

Alfred Dreyfus a été figé à jamais dans l’histoire comme le « capitaine Dreyfus ». C’est sa grandeur. Laissons-le dans son grade mais veillons plutôt à entretenir sa mémoire et celle du combat contre l’antisémitisme et pour la justice qui fut mené pour le défendre. Le président de la République a eu bien raison de déclarer que « le grand risque, c’est de revisiter la hiérarchie militaire ou l’histoire, avec le regard d’aujourd’hui ».

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Mais dire, comme lui, « non » sur le principe mais « oui » sur le cas particulier, c’est ouvrir la boîte de Pandore. Et si on ouvre la boîte de Pandore des reclassements des militaires, faudra-t-il promouvoir général tel sous-lieutenant tué en opération durant telle ou telle guerre au motif qu’il aurait pu éventuellement finir peut-être général s’il avait vécu ?

Un impossible reclassement

L’avenir est imprévisible : souvenons-nous de ce petit employé de banque, rentré dans l’armée française sous le plus petit grade possible – soldat de 2e classe –, à savoir Marcel Bigeard, devenu le général le plus décoré de l’armée française. Faut-il nommer au grade de général Pierre Georges, alias « colonel Fabien », mort stupidement dans son PC régimentaire en janvier 1945 à 25 ans ? S’il avait vécu, il aurait sûrement fini général.

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