Non, les vaccins anti-covid ne contiennent pas de particules aimantées

Des vidéos circulent sur les réseaux sociaux dans lesquelles des personnes montrent un aimant, voire un téléphone, collé à l’endroit de leur injection du vaccin contre le Covid-19.

Depuis le début du mois de mai, de nombreuses vidéos – qui ont fait pour certaines plusieurs milliers de vues – circulent sur les réseaux sociaux, mettant en scène des personnes soi-disant fraîchement vaccinées se collant un aimant à l’endroit de leur injection. Pour certains, la raison est simple : le vaccin contiendrait quelque chose, comme des nanos puces par exemple. Après avoir fait son petit bonhomme de chemin aux États-Unis et en Angleterre, cette «théorie» est arrivée en France il y a une quinzaine de jours. Plusieurs médecins ont constaté que ces questions fleurissaient dans la tête de quelques-uns de leurs patients.

Mais alors, le vaccin contient-il des particules aimantées ? La réponse est bien évidemment négative. Pour comprendre, Le Figaro a interrogé Julien Bobroff, physicien et professeur des universités à Paris-Saclay. Si des arguments scientifiques rejettent directement cette «théorie», pourquoi des aimants semblent tout de même se coller à l’endroit même de leur injection ? On vous explique.

Deux arguments scientifiques contre cette «théorie»

Tout d’abord, il est important de comprendre comment fonctionne un aimant. C’est un matériau développant naturellement un champ magnétique, qui possède un pôle Nord et un pôle Sud. Lorsque deux aimants se présentent du côté de la même polarité, ils se repoussent, alors que le contraire les attire. Mais pour que ce processus ait lieu, il faut tout de même que «ces aimants soient assez gros», notifie Julien Bobroff. Or, dans l’hypothèse où celui-ci serait injecté avec le vaccin, à travers une aiguille, cela est «impossible, du point de vue de la physique», que ces derniers s’attirent, selon le professeur. Mais pourquoi ?

Outre le fait qu’aucun métal ne se trouve dans les vaccins, nous nous sommes quand même prêtés au jeu en nous posant la question de savoir comment ce matériau pourrait être administré ? Pour s’injecter des particules aimantées, il faudrait que celles-ci soient extrêmement petites pour entrer dans une aiguille de «moins d’un millimètre de diamètre», fait savoir le physicien Éric Palm à la BBC. Si une particule était «extrêmement magnétique, elle serait si petite qu’elle ne permettrait pas à un aimant de coller à la peau», a-t-il continué. Une thèse partagée également par le professeur Julien Bobroff, qui confirme que l’aimant serait «beaucoup trop petit pour pouvoir en attirer un autre».

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«Quel serait l’intérêt de mettre un aimant dans le bras ?», soulève alors Julien Bobroff. «Pour ceux qui pensent aux puces dans les bras, elles ne sont même pas magnétiques», fait-il savoir, avant d’ajouter qu’elles «sont faites de cuivre et de silicium». Donc ces personnes qui voudraient implanter des aimants dans des vaccins «n’auraient aucun intérêt», si ce n’est celui de «se faire repérer», lance le physicien, pour démontrer l’incohérence de cette thèse. Globalement, avec ces deux arguments, «même si ces puces étaient magnétiques» (ce qui n’est pas le cas), «même si elles étaient nano et passaient dans le trou de l’aiguille» (ce qui n’est pas non plus le cas), «dans tous les cas ça ne permettrait pas de tenir un gros aimant».

Un «tour de magie» ou des «effets d’adhésion»

Mais alors, comment expliquer ces vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux ? «C’est le tour de magie le plus nul du monde», surenchérit le physicien français. Ce que soutient également Éric Palm, physicien britannique, en faisant notamment référence au tour de magie de la pièce de monnaie, qui colle sur le front «en raison du gras à la surface de l’épiderme et de la tension de surface.» «Quelqu’un pourrait aussi tricher avec de la colle restant d’un pansement, ou une autre substance collante», a-t-il ajouté. En effet, il suffit de passer un tout petit peu d’huile sur son bras, sans que cela soit visible à la caméra, pour faire adhérer un aimant léger.

Sur la BBC, Emily, une internaute, qui avait publié une vidéo allant dans le sens des personnes adhérentes à cette thèse complotiste, s’est rapidement rétractée. Elle a expliqué avoir simplement léché la surface de derrière. «J’ai déconné, c’était 100 % une blague», s’est-elle excusée dans une vidéo. «Arrêtez de croire tout ce que vous lisez sur les réseaux sociaux», a-t-elle ajouté. Elle regrette son geste devant la caméra, surtout si cela a incité certaines personnes à ne pas se faire vacciner.

Deux expériences pour les plus sceptiques

Si certains ont encore des doutes, il vous suffit «d’essayer», propose alors Julien Bobroff : «Pour les personnes vaccinées, vous verrez que ça ne colle pas. Et si ça colle, essayez également sur l’autre bras, cela marchera aussi. (Pour toutes les raisons expliquées ci-dessus). Si vous n’êtes pas vacciné, essayez sur l’un de vos proches qu’il l’a été».

Pour les plus sceptiques, le physicien présente une autre expérience. «Dans votre téléphone, il y a des capteurs magnétiques qui détectent des champs tout petits. Quand vous êtes sur Google Map vous savez où est le pôle Nord, et ça marche parce qu’il y a une boussole dans votre téléphone qui est très sensible. Il suffit de la brancher, avec des applications telles que Boussole ou Phyphox, et de passer votre téléphone sur votre bras. Vous verrez qu’il n’y a aucun élément magnétique».