« Nos jeunes, c’est une bénédiction ! » : loin du bruit, des polémiques, les réussites du modèle d’intégration français

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Publié aujourd’hui à 03h12, mis à jour à 05h22

C’est le ronronnement tranquille de la machine à intégrer. Cette France qui ne va pas si mal et qui réussit, bon gré, mal gré, à donner un toit, des apprentissages, un horizon, des rêves parfois aussi, à des jeunes issus de milieux populaires, enfants des classes moyennes ou gamins récemment arrivés d’Afrique, dans cet âge intermédiaire, beau et inquiétant, où il faut quitter le domicile familial et commencer une vie autonome, décrocher un contrat d’apprentissage, un CDD, un intérim, un logement, un permis de conduire, une voiture. « Bienvenue », nous dit Adelaïde Barbosa, 61 ans, employée au cœur débordant, dont on sent qu’elle voudrait pouvoir serrer dans ses bras l’humanité tout entière, histoire de donner un peu de sa tendresse.

Un résident devant le foyer de jeunes travailleurs, qui compte 240 logements. Le 21 juillet 2021, Chalon-sur-Saône, Saône-et-Loire.

Dans les soutes du foyer de jeunes travailleurs de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), Adelaïde règne en maîtresse de maison, figure apaisante, exigeante aussi, pour les jeunes hommes et femmes, entre 15 et 25 ans pour l’immense majorité, venus vivre ici quelques semaines, quelques mois, quelques années, selon les cas. « Bienvenue. » Adélaïde gagne 1 500 euros net par mois, après trente-quatre années de service au sein de la résidence. Son mari, maçon à la retraite, la conduit en voiture tous les matins. Elle arrive à 5 h 45 afin de prendre de l’avance sur son service qui commence en réalité à 6 h 30. « Il y a des jeunes qui partent travailler à 6 heures, je veux être là, justifie-t-elle. Vous savez, je sais pourquoi je me lève tous les matins. Se sentir utile n’a pas de prix ! »

Adélaïde Barbosa, 61 ans, prépare le petit-déjeuner des résidents. A Chalon-sur-Saône, Saône-et-Loire, le 20 juillet 2021.

Depuis trente-quatre ans donc, elle s’occupe du ménage, des petits déjeuners (gratuits) et distribue de la bienveillance, de l’attention, de la confiance sous forme de tranches de pain, de paroles, de regards et de bras qui enlacent ou qui rassurent lorsqu’il le faut. « Ces jeunes, ce sont aussi mes enfants. » Elle-même en a trois, et ils ont bien grandi : l’aînée, policière en banlieue parisienne, le cadet, employé dans une usine à Mâcon, le benjamin, gendarme mobile. Alors, elle donne sans compter. « Les jeunes me disent que je suis leur maman ! » Elle surveille, en particulier, que chacun mange le matin. « Je veux qu’ils partent avec quelque chose dans le ventre. »

L’éducation populaire, efficace, peu spectaculaire

« On a cinq doigts, il n’y en a pas deux pareils », répétait la mère d’Adélaïde. Cela vaut pour les enfants. Les siens, et ceux des autres. Au foyer de travailleurs, la métaphore est sans doute plus juste qu’ailleurs. La résidence a été construite avec l’imagination des architectes des années 1960, quand il fallait faire vite et pas cher – en gros, un cube de béton de huit étages, 10 fenêtres par niveau, en périphérie d’un quartier populaire de Chalon. Elle abrite 240 logements au total pour un peu moins de 300 résidents. Des studios pour la plupart – un lit de 90 cm de large, un frigo, une plaque électrique, une douche-cabine, une table pour manger ou travailler –, le tout entre 38 et 250 euros par mois, selon les appartements et après versement de l’aide personnalisée au logement (APL).

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