« Notre part de nuit », « La Vie derrière soi », « L’Eternel Fiancé »… Nos choix de lectures

LA LISTE DE LA MATINALE

En cette nouvelle semaine de rentrée littéraire, « Le Monde des livres » invite les lecteurs à s’engager dans un fantastique combat contre l’Obscurité, avec l’Argentine Mariana Enriquez ; à s’interroger sur « les fins de la littérature », avec Antoine Compagnon ; à retrouver en eux les traces de celles et ceux qui nous ont aimés, avec Agnès Desarthe ; à passer de la peur de vivre au « désir de rester vivant », avec l’Espagnole Rosa Montero ; ou encore à trouver refuge sous Paris, avec Jean-Daniel Baltassat.

ROMAN. « Notre part de nuit », de Mariana Enriquez

Notre part de nuit, cinquième roman de l’écrivaine et journaliste argentine Mariana Enriquez, relève d’une véritable malédiction lovecraftienne. Car la « nuit » ici invoquée n’a rien d’une inquiétante divinité nocturne ou d’une pure angoisse psychologique.

Révérée sous le nom d’Obscurité, elle éclôt tel un effroyable « trou noir », un vide avide, béance vorace engouffrant, au cours de cérémonies secrètes suicidaires, son comptant de chair humaine prélevée sur un parc d’esclaves ou dans le cercle de ses adorateurs.

Culte et rituel sont assurés par « l’Ordre », une société secrète, et rendus possibles par l’action médiumnique surpuissante d’un ou d’une élue, capable de susciter l’épanouissement d’une Obscurité dont les dévots attendent, en récompense à son assouvissement, l’éternité de leur vie terrestre.

Médium en bouton, l’enfant Gaspar est au cœur de Notre part de nuit. Sa mère décédée, il est à la charge d’un père promis à la mort et qui refuse d’en faire un pur instrument du culte. S’engage alors un combat qui va mener, dans l’Argentine des années 1970 aux années 1990, de la dictature militaire aux affres du néolibéralisme.

Suivi de son enfance à ses 25 ans, Gaspar, avant de donner une fin impitoyable à cette saga familiale ésotérique, découvrira peu à peu, au fil de péripéties apparemment insensées, la réelle signification de son destin. Une destinée que Mariana Enriquez détaille par le menu, entretissant en permanence histoire et contre-histoire, évocation des drames de l’Argentine et des conflits émaillant le passé de l’Ordre, sociologie de divers milieux et quotidien incertain de protagonistes lardés de souffrances et bourrelés d’angoisses. Avec ce livre-monstre, tour à tour grimoire ou rapport d’enquête, Mariana Enriquez livre la somme d’un demi-siècle d’angoisses et d’espérances sud-américaines. François Angelier

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