« Nous appelons les pouvoirs publics à conserver le pilotage de la gestion des déchets »

Tribune. La France et ses voisins européens se sont engagés à atteindre la neutralité carbone en 2050. Tenir cet objectif ambitieux aura un coût. Une question se pose : qui va payer ? Personne n’a encore trouvé la réponse mais chacun s’accorde sur une évidence : la transition écologique sera sociale et solidaire ou ne sera pas.

Ce constat, les structures Emmaüs, Ressourceries et recycleries le partagent et le font vivre depuis déjà plus de soixante-dix ans. Ces structures donnent une seconde vie aux objets dont nos concitoyens ne veulent plus, en les réparant, en les nettoyant et en les revendant à prix solidaires, accessibles à tous, grâce aux dons qu’elles reçoivent.

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Ainsi 300 000 tonnes de déchets évités et d’objets sont réutilisés chaque année ! Ces organismes non lucratifs, reposant sur une « économie du don », représentent, selon l’Ademe, plus de la moitié des acteurs du réemploi en France et 63 % des emplois de ce secteur. En zone urbaine, rurale ou périphérique, ils offrent des lieux d’insertion par le travail, d’accueil et de dialogue avec les plus fragiles. Ils ont ainsi créé plus de 40 000 emplois non délocalisables.

Une contribution à une politique du réemploi

Depuis, la seconde main est devenue l’une des tendances fortes de la consommation à tel point que les grands magasins lancent aujourd’hui des espaces dédiés aux produits vintage. Les plates-formes de revente entre particuliers et autres sites de vente en ligne proposant des produits reconditionnés sont aussi en plein boom ces dernières années.

Si ces initiatives contribuent pleinement à une économie du réemploi, elles ne revendiquent pas être solidaires : leurs activités sont à but lucratif, les objets ne sont pas donnés mais bien vendus par leurs propriétaires, les tarifs ne sont pas accessibles à tous, et leur siège social n’étant pas forcément en France, leurs emplois ne le sont pas non plus.

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Face à cette évolution, la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire s’est emparée du sujet. Votée en 2020, elle prévoyait un mécanisme de financement dédié aux acteurs du réemploi solidaire, afin de leur garantir les moyens de poursuivre et de développer leurs missions de solidarité et d’inclusion, nécessairement non lucratives.

Une loi détournée de ses objectifs solidaires

Elle prévoyait en particulier d’augmenter la part du financement que les industriels, fabricants et distributeurs de produits neufs doivent engager dans la gestion de la fin de vie de leurs produits en faveur du réemploi. A la clé : des milliers d’emplois locaux non délocalisables et un accès à tous à une consommation responsable à bas prix. La loi Climat et résilience entérinait d’ailleurs en juillet que ces financements dédiés au réemploi seraient fléchés vers les seules structures de l’économie sociale et solidaire.

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