« Nous avons décidé avec le Bénin de ne pas faire les restitutions des objets royaux en catimini »

Emmanuel Kasarherou, président du Musée du quai Branly-Jacques Chirac, le 27 mai 2020, à Paris.

Le Musée du quai Branly organise la restitution au Bénin de 26 œuvres des trésors royaux d’Abomey, volés lors des conquêtes coloniales françaises au XIXe siècle, et les expose du 26 au 31 octobre, avant leur transfert. Emmanuel Kasarhérou, président du Musée du Quai Branly, explique le travail mené par son institution autour des objets acquis de façon violente.

Dans quel contexte politique ces restitutions au Bénin se déroulent-elles ?

Dans un contexte qui a toujours été apaisé. Dès le vote de la loi sur la restitution des biens culturels au Bénin, en décembre 2020, nous avons multiplié les contacts pour construire quelque chose ensemble. Ce n’est pas toujours simple pour des questions de temporalité et d’agenda, mais un musée doit savoir s’adapter, être à l’écoute et à l’interface de demandes culturelles qui peuvent être pensées différemment d’un endroit à un autre. Deux conservateurs, l’un du musée d’Abomey et un autre du musée d’Ouidah, sont venus pour se familiariser avec ces objets. Nous montons l’exposition ensemble, ils la démonteront et feront le convoyage des œuvres vers le Bénin.

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Quel est le sens de l’exposition qui se tiendra du 26 au 31 octobre au Musée du Quai Branly ?

Nous avons décidé avec le Bénin de monter une exposition, de ne pas faire ces restitutions en catimini, avec seulement des caisses qui transitent. Nous voulions montrer ces œuvres qui ont une histoire : cela fait presque cent trente ans qu’elles sont dans les collections de la France. De la même manière que l’on ne peut leur enlever leur histoire ancienne, on ne peut effacer leur histoire française. Il nous fallait raconter la complexité de cette histoire. Une nouvelle ère s’ouvre pour ces œuvres. Elles retournent au Bénin non plus comme des objets de culte et de pouvoir, mais comme des objets patrimoniaux, ce qui est nouveau. Chaque culture doit construire son patrimoine, en définir le périmètre, la grammaire, la manière dont on en parle.

Quand les œuvres quitteront-elles la France ?

Un acte officiel sera signé, sous l’autorité des deux présidents français et béninois, début novembre. Les 26 objets seront alors sous la responsabilité du Bénin. Ils viendront se réinsérer dans un espace qui a évolué sans eux. Une nouvelle histoire va s’écrire.

Ces restitutions marquent-elles le début d’un mouvement plus large ?

Il faut voir avec l’Etat car nous parlons de collections nationales. Mais oui, dans le futur, des groupes d’objets pourraient faire l’objet d’une loi. Depuis trois ans, nous travaillons sur l’identification des objets acquis sans consentement, de manière violente. Notre rôle est de renseigner au mieux l’origine des pièces. Les demandes reçues par l’Etat portent soit sur des cas précis, soit sur l’ensemble des collections. Elles ont été formulées par des pays tels le Mali, le Tchad ou encore la Côte d’Ivoire, avec lequel nous avons un programme de recherche commun.

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