« Nous devons être en mesure d’offrir une autre culture que celle du médicament »

Tribune. Le prix Nobel de médecine attribué, le 4 octobre, aux Américains Ardem Patapoutian et David Julius pour la découverte, notamment, du récepteur cutané à la température TRPV1 a mis à l’honneur la recherche sur la douleur. Depuis sa création en 1901, c’est la première fois que l’académie suédoise couronne des travaux sur cette thématique et pourtant, aucun d’entre nous ne sera épargné par la souffrance physique !

Sa forme chronique affecte 12 millions de nos concitoyens et 70 % demeurent insuffisamment soulagés. Seuls 3 % sont pris en charge dans des centres antidouleur. Ces derniers sont saturés (un trimestre de délai en moyenne, une éternité lorsque l’on souffre) et dépourvus de moyens conséquents.

Outre les ressources anémiques, d’autres facteurs expliquent ce constat désolant. Tout d’abord, la spécialité, l’algologie, peine à être reconnue comme discipline à part entière. Alors que la douleur représente le premier motif de consultation en médecine générale, moins d’une vingtaine d’heures spécifiques d’enseignement y sont consacrées tout au long des études médicales.

D’autre part, la réponse médicamenteuse presque systématique à la douleur chronique doit nous interroger. Les molécules antalgiques – dont les morphiniques, des antiépileptiques et antidépresseurs –, disponibles partout grâce au maillage étroit de plus de 20 000 officines, restent la thérapie de première intention face à ce fléau médical, mais aussi social, que constitue la douleur chronique. Les difficultés d’accès aux structures antidouleur, moins de 300, où sont disponibles des alternatives thérapeutiques encouragent la prescription au long cours de ces molécules. Le drame sanitaire de la crise des opioïdes, masquée par celle due au Covid, et ses 81 000 morts par surdose aux Etats-Unis pour la seule année 2020, nous met en garde face à la prescription à grande échelle et à long terme de morphiniques. Les tombes de Prince, Michael Jackson ou Whitney Houston sont les plus visibles d’un gigantesque cimetière où gisent un demi-million d’Américains.

Crise des opioïdes

La situation dans notre pays n’a rien de comparable, mais l’évolution est là : le nombre de morts par opioïdes prescrits a triplé ces dernières années. Depuis février, la prégabaline (Lyrica), antiépileptique vedette dans le traitement de la douleur neuropathique, est assimilée à un stupéfiant en raison de son risque accru de mésusage. Les antidépresseurs au long cours possèdent aussi leur lot d’effets sur le psychisme, le poids ou la libido.

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