« Nous n’acceptons pas que l’UEFA envisage de faire jouer la finale de l’Euro de football à Budapest »

Tribune. Pour son soixantième anniversaire, la Coupe d’Europe des nations se joue entre vingt-quatre pays, dans onze villes du continent. La finale doit se jouer à Londres, dans le mythique stade de Wembley, le 11 juillet.

On apprend pourtant que l’UEFA [Union des associations européennes de football européen], qui organise le football européen, exerce un chantage sur le gouvernement britannique. Celle-ci demande à celui-là d’exonérer des mesures sanitaires anti-Covid-19 ses 2 500 invités VIP à la finale.

En cas de refus, la finale sera jouée à Budapest – c’est-à-dire dans un des seuls stades de la compétition qui se passe de jauge et de gestes barrières. Ce stade s’est de plus singularisé lors des deux matchs qui s’y sont déjà joués mi-juin par le déploiement d’une banderole anti-LGBT et d’insultes homophobes visant la star portugaise Cristiano Ronaldo, puis de « cris de singes » et d’invectives racistes dirigés contre les joueurs français N’Golo Kante, Paul Pogba, Kylian Mbappé et Karim Benzema.

Les dirigeants de la bureaucratie du football européen ne donnent pas seulement le mauvais exemple de l’absence de civisme. Ils affichent un mépris nobiliaire pour les 900 000 Européens morts du Covid-19 (au bas mot) et tous les supporters ordinaires qui effectuent les gestes barrières et se plient aux mesures de lutte contre la circulation du coronavirus.

Un bras d’honneur

Mais ce n’est pas tout. L’UEFA prend de fait parti en refusant le projet de la ville de Münich d’illuminer son stade aux couleurs arc-en-ciel des fiertés LGBT lors du match Allemagne-Hongrie du 23 juin. En agitant le spectre d’une finale jouée à Budapest, l’UEFA adresse un bras d’honneur à l’écrasante majorité des Européens pour qui l’Etat de droit, le pluralisme, la tolérance, la démocratie et les droits sociaux donnent sens à leur sentiment d’appartenance à l’Europe.

La Hongrie est en effet dirigée depuis 2010 par un premier ministre, Viktor Orban, et un parti, le Fidesz, qui les sapent et les érodent méthodiquement. Et qui, au prétexte de construire des grands équipements, dont des stades de football qu’ils instrumentalisent, détournent les fonds européens au profit d’une clientèle d’obligés et de membres de leurs familles. Une équipe de courageux universitaires menée par Magyar Balint a décrit en détail pourquoi et comment il convient de nommer « Etat mafieux » la Hongrie de Orban.

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Orban et son parti ne cessent d’inventer des adversaires imaginaires qui sont dans la réalité montrés du doigt, voire stigmatisés, par son administration : les Roms, les juifs, les homosexuel(le)s. Orban met aussi en danger la solidarité européenne et sa fragile place dans le monde en insérant en solo son pays dans le dispositif mondial de financement d’infrastructures de commerce déployé par la dictature chinoise : les Nouvelles routes de la soie.

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