« Nous, petit-fils d’indépendantistes algériens, croyons à la vertu du juste et au travail des historiens »

Tribune. Lorsque nous avons été approchés, en avril, par la directrice du projet Mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie à l’Elysée, nous avons décidé de nous engager dans un projet réunissant des jeunes descendants de protagonistes de la guerre d’Algérie. Ce travail nous paraissait être un chemin ouvert et partagé vers ce qui serait une reconnaissance des crimes coloniaux. Toutefois, nous étions conscients que cette initiative n’était pas dénuée de velléités politiques, et nous avons fait ce choix en toute conscience.

Ce choix a été soupesé, évalué au regard des perspectives d’avenir mais aussi de nos conditions historiques respectives. Et quand nous disons condition historique, n’y entendez pas une quelconque surdétermination qui empoisonnerait notre présent, mais seul le poids des morts qui pèse encore sur nous, nous tous, de quelque mémoire que nous soyons les porteurs. Car nous sommes, si nous pouvons dire, tous héritiers de ces morts en trop, même si ce sont d’abord leurs enfants qui ont à supporter le coût de ces vies en moins.

Succédané bienheureux de justice

En rejoignant le projet, nous espérions être écoutés et par-dessus tout transmettre nos propositions quant à la question de la mémoire et de l’histoire de la colonisation, et de notre guerre d’indépendance. Nous nous sommes engagés sur ce chemin avec cette espérance grave, folle ou naïve sans doute, qu’était venue l’heure d’un rendez-vous avec l’histoire. Nous en démissionnons aujourd’hui, constatant que le président Macron ne veut rien partager : ni les mémoires, ni l’histoire, ni les archives qui sont indispensables pour réaliser le travail des historiens. Nous démissionnons cependant avec l’espoir que tout est encore possible, mais que ce tout possible ne peut ni se penser ni se réaliser par le dispositif mémoriel que l’Elysée semble concevoir comme un succédané bienheureux de justice ; bienheureux parce qu’il permet au gouvernement de réaliser une opération de mémoire au moindre coût politique.

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Le véritable poison français n’est pas la mémoire et ses manquements. Le véritable poison français est la justice parce qu’elle est en manque, parce qu’elle demeure un impensé dans la politique de la mémoire française. Nous disons justice, ils entendent ressentiment. Nous disons communauté de mémoire, ils entendent séparatisme ou plutôt « communautarisme mémoriel », reproche qui nous a été fait, au premier jour de notre rencontre, à l’adresse des descendants d’indépendantistes, alors que c’est à ce titre même que nous avons été conviés.

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