« Nous voulons une cohérence de la politique publique en matière de recherche architecturale, urbaine et paysagère »

Tribune. Les vingt Ecoles nationales supérieures d’architecture et de paysage (ENSA-P) françaises sont désormais en cotutelle du ministère de la culture et de celui de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Cela était très attendu et cela est heureux. En 2018 s’est engagée une réforme visant entre autres à donner à ces établissements et à leurs personnels une véritable reconnaissance de leurs missions de recherche articulées à l’enseignement. Comme chaque réforme, elle s’accompagnait de promesses de moyens et de perspectives nouvelles.

Enfin, une réforme à la hauteur des enjeux, capable de lier la production des connaissances et l’enseignement. Enfin, les ENSA-P allaient prendre le chemin d’une synergie forte de la recherche et de l’enseignement et s’engager pour la formation de professionnels armés pour affronter les défis de l’avenir, réorienter l’action sur la ville, les territoires et l’environnement et renouveler les manières d’habiter à l’âge de l’anthropocène… Gâteau sous la cerise : à l’automne 2020, dans le cadre de la loi de finances, était annoncée une enveloppe pour développer une stratégie de recherche au sein du ministère de la culture durant la période 2021-2025.

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Mais que reste-t-il aujourd’hui de ces promesses ? D’abord, les moyens humains promis pour les ENSA-P ne sont pas là. Pire encore, en 2020, 27 postes ont été supprimés et cela continue en 2021. Là encore pourtant, des engagements avaient été pris après les alertes conjointes des présidents des conseils d’administration et des directeurs des ENSA-P début 2020 et la grève administrative des conseils pédagogiques et scientifiques des 20 ENSA-P.

Une situation d’incertitude génératrice d’impuissance

Non seulement il n’y a pas de soutien à nos unités de recherche mais la politique suivie développe dans nos établissements des situations d’arbitrages impossibles entre activités d’enseignement et de recherche. Cela a pour résultat de nourrir des conflits entre ces deux activités qui devraient justement travailler ensemble.

Les décisions prises nient et contredisent la politique d’encouragement aux activités de recherche et de formation à la recherche qui a été affichée depuis plusieurs années par ces deux ministères. Elles produisent une situation d’incertitude génératrice d’impuissance au sein de nos équipes et pour le futur de nos doctorantes et doctorants.

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Partout, en région comme à Paris, la colère monte dans les écoles et dans les laboratoires. Leurs instances élues se rejoignent pour dénoncer le caractère inapplicable de la réforme 2018 du fait de l’absence des moyens humains et financiers sur lesquels le ministère s’était engagé.

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