Nucléaire : « Macron bénéficie d’un alignement inédit des planètes »

Centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher), le 12 octobre 2021.

On avait déjà connu cette atmosphère au début des années 2000, après le long hiver dans lequel la catastrophe de Tchernobyl avait plongé l’industrie nucléaire. De l’Europe aux Etats-Unis et de la Russie aux pays émergents en quête de puissance, l’heure était à sa « renaissance ». Les ingénieurs de l’atome relevaient la tête. De nouveau à l’offensive, la France s’était réarmée en créant Areva, un géant présent dans tous les métiers, des mines d’uranium et des réacteurs jusqu’au retraitement des déchets irradiés.

L’accident de la centrale japonaise de Fukushima, en 2011, brisa le regain de confiance des nucléophiles. Il renvoya le balancier de l’opinion dans l’autre sens et renchérit le coût de cette énergie, où chaque progrès exigé dans la sûreté des centrales se paie au prix fort. La décennie fut noire pour une filière qui avait fait la fierté de la France post-gaullienne et de ses élites technoscientifiques : quasi-faillite d’Areva sauvée par l’Etat dans le cadre d’une coûteuse recapitalisation-restructuration, exportations en berne, perte de précieuses compétences faute de commandes, fiasco industriel de l’EPR de Flamanville (Manche)… Il fallut attendre la dissipation des effets de Fukushima et l’emballement climatique pour que le nucléaire redevienne acceptable.

On ose à peine ce jeu de mots, mais le climat se réchauffe pour le nucléaire. Et pas parce que la Chine veut construire 150 réacteurs d’ici à 2050. Comme il y a vingt ans, ses partisans reprennent espoir. Il n’a pas été excommunié à la COP 26 de Glasgow (Ecosse), comme dans les sommets précédents. Des écologistes l’acceptent bon gré mal gré, revenant sur une condamnation sans appel qui a structuré l’histoire et la doctrine des Verts.

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C’est le moment politique choisi par Emmanuel Macron pour sortir d’une certaine ambiguïté et affirmer que « notre avenir énergétique et écologique passe par le nucléaire ». Il vient d’annoncer un milliard pour les petits réacteurs modulaires (SMR) du programme Nuward associant EDF et le CEA à Naval group et TechnicAtome, le spécialiste des chaufferies nucléaires de sous-marins. Et le chef de l’Etat s’apprête surtout à approuver la construction de six EPR 2, censés être moins coûteux que l’EPR actuel.

Reconquête

Ce programme à près de 50 milliards d’euros marquera une relance du secteur sans équivalent depuis le « plan Messmer » de 1974. Les industriels gambergent sur l’annonce : une mise en scène lors d’un déplacement sur le « pôle nucléaire » de Bourgogne ? Ou à l’occasion de la World Nuclear Exhibition de Villepinte (Seine-Saint-Denis), fin novembre, pour montrer aux pays concurrents que la France est de retour ? Le feu vert élyséen fait si peu de doute qu’EDF a engagé plusieurs centaines de millions d’euros de commandes et présélectionné quatre sites déjà « nucléarisés », dont Penly (Seine-Maritime) et Gravelines (Nord). Sa filiale Framatome a lancé sans attendre le long processus de production de grandes pièces forgées de réacteurs.

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