Obsèques de Bernard Tapie : Marseille enterre « un mythe »

Le corbillard noir porte sur la vitre arrière la trace des dizaines de mains amicales qui, une dernière fois, ont souhaité l’approcher. Ce vendredi 8 octobre, le cercueil de Bernard Tapie avance doucement au milieu d’une petite foule d’anonymes, du Vieux-Port de Marseille à la cathédrale de la Major. Pas d’escorte, ni de service d’ordre sur ce court parcours. Juste des hommes, des femmes et quelques ados, même pas nés lorsque l’homme d’affaires a quitté la présidence de l’Olympique de Marseille (OM), en 1994.

Les ultras de l’OM, un petit millier de supporters réunis depuis le matin, suivent à distance respectueuse

Un groupe d’anonymes qui marchent en silence, où s’agrègent ceux qui veulent simplement accompagner celui « qui leur a apporté tant de bonheur ». Le clan familial, qui a laissé cet incroyable moment se dérouler, attend à quelques centaines de mètres de là, à proximité de la cathédrale qui surplombe la mer. Les ultras de l’OM, un petit millier de supporters réunis depuis le matin, suivent à distance respectueuse. Fumigènes allumés, drapeaux au vent, les groupes ont ressorti la bâche derrière laquelle ils traversaient l’Europe au début des années 1990 et chantent la gloire de « leur » ancien président.

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Tout Marseille n’est pas là, mais dans la belle lumière d’un jour d’automne, c’est un hommage puissant et irrationnel qu’une petite partie de sa population est venue rendre à Bernard Tapie, décédé dimanche 3 octobre à l’âge de 78 ans. « Pour les Marseillais, c’est un mythe inusable. Il incarnait la transgression sous toutes ses formes, la liberté sous toutes ses formes. Il ne pouvait que plaire ici », expliquait, en début de semaine, Pierre Dantin, universitaire, vice-doyen de la faculté des sports et ancien secrétaire général de l’OM. « Je ne le porterai pas au pinacle, mais je viens saluer le lien qu’il a créé avec notre ville », témoigne Dimitri, quadragénaire qui lance autour de lui des regards fascinés.

« Son amour pour Marseille n’était pas du “fake” »

Deux jours plus tôt, sur le parvis de l’église Saint-Germain-des-Prés à Paris où s’est tenue une première messe, Stéphane Tapie, son fils, a prévenu : « On te ramène à la maison ». Ce souhait d’être enterré à Marseille, dans le petit cimetière de Mazargues, décuple la ferveur locale. « J’ai halluciné quand je l’ai appris. Cela prouve que son amour pour Marseille n’était pas du fake », glisse Jeff Rinaudo, écharpe bleu et blanc autour du cou. « On ne lui en aurait pas voulu de se faire enterrer au Père-Lachaise… Je serais même monté à Paris pour ça, parce qu’on se devait de l’accompagner comme il a accompagné nos vies », assure David, 48 ans, tatouage de Diego Maradona sur le crâne.

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