Olivia Ruiz chante les non-dits de l’exil

Olivia Ruiz, au théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, le 20 octobre 2021.

Dès ses débuts, Olivia Blanc a montré à quel point comptaient pour elle ses origines espagnoles et les cicatrices de l’exil subi par ses grands-parents. D’abord, en adoptant comme nom de scène le pseudonyme de Ruiz, en hommage à sa grand-mère. Puis en n’hésitant jamais à évoquer l’héritage familial quand, il y a quinze ans, la môme de Marseillette (Aude), ex-demi-finaliste de la première édition de la « Star Ac », connaissait un premier triomphe – l’album La Femme chocolat (2005), vendu à plus de 1,2 million d’exemplaires – en s’imposant chanteuse pop à la fantaisie malicieuse.

« Je me sens porteuse de l’exil de mes grands-parents », confiait-elle ainsi au Monde, en 2006, en rappelant que trois d’entre eux avaient fui la guerre civile et la dictature franquiste. Les aïeux faisant tout ensuite pour taire ces blessures.

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Ces secrets perturbant sa propre identité avaient déjà été la source d’inspiration d’une comédie musicale, Volver, qu’Olivia Ruiz avait écrite, jouée, chantée et dansée, en 2016, sur une chorégraphie de Jean-Claude Gallotta. Avant que ces non-dits ne forgent la matière de son premier roman, La Commode aux tiroirs de couleurs (JC Lattès, 2020), best-seller surprise (300 000 exemplaires vendus), récemment adapté en bande dessinée par Véronique Grisseaux, Amélie Causse et Winoc.

Au moment même où elle écrivait son livre (bientôt traduit en espagnol), la chanteuse concevait la trame d’un nouveau concert-spectacle, Bouches cousues, prêt à résonner encore de cette histoire familiale. Programmée en 2020, la tournée s’était fait clouer le bec par la pandémie de Covid-19. Elle a repris langue, le 1er octobre, au Théâtre de la scène nationale de Narbonne et s’étirera jusqu’en avril 2022.

Le 19 octobre, lors du premier des cinq shows de son étape parisienne, aux Bouffes du Nord, des images de la Retirada sont d’abord projetées sur les murs érodés du théâtre. Cette « retraite » qui qualifia l’exode des Républicains espagnols vers la France, de 1936 à 1939, ont nourri des traumatismes longtemps cachés. Olivia Ruiz s’attache à les décrypter. En remettant souvent en perspective les conditions de vie humiliantes des réfugiés d’hier avec celles des immigrés d’aujourd’hui.

Conviction et grâce

L’ex-« femme chocolat » à l’excentricité burtonienne (redevenue virale sur TikTok récemment grâce à un extrait vidéo du titre Elle panique) surgit en pasionaria ibérique portant le deuil de ces silences. Chignon tiré, pantalon et haut noirs, élégance grave de gitane, elle a choisi d’habiter un répertoire majoritairement hispanophone pour évoquer ces luttes et ces drames.

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