« Olympia », de Paul-Henry Bizon : dans la tête de Marie-José Pérec

Marie-José Pérec aux Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996.

« Olympia », de Paul-Henry Bizon, Gallimard, 224 p., 18 €, numérique 13 €.

Une sonate inachevée de Schubert. Une fascination pour Marie-José Pérec. Des témoignages sur le harcèlement dans le sport. Ces éléments disparates, Paul-Henry Bizon les noue dans son deuxième roman, Olympia, et, pour expliquer au « Monde des livres » de quelle manière, il décrit l’écriture comme de la couture : « Mon travail de romancier, c’est d’essayer de retisser des liens, de recréer des relations entre des choses qui ne se parlent pas. » Il ajoute que sa mission « n’est pas d’éclairer mais de faire comprendre en épaississant le mystère ».

Né en 1979, Paul-Henry Bizon a commencé à publier en 2017 avec La Louve (Gallimard). S’y confrontent l’avidité d’un homme d’affaires parisien, qui spécule dans la nouvelle mode de la « gastronomie saine et authentique », et la détermination d’une jeune maraîchère qui se lance dans la permaculture en Vendée. Le livre est nourri de son expérience de journaliste pour des guides d’hôtels et de restaurants. Originaire d’une petite ville près de Cholet (Maine-et-Loire), il explique avoir été « aspiré par le fait qu’il savait écrire » à son arrivée à Paris, dans les années 2000. Travailler pour des guides lui a fait constater à quel point le tissu urbain et social de la France se fracture : entre Paris et les villes de région, la banlieue et les campagnes. Peut-être est-il « trop nostalgique », mais cette question le travaille, au point de se retrouver dans son deuxième roman. De cela, il n’a pas conscience au début.

Une héroïne loin des canons habituels

Quand il se met à écrire, en 2019, ce qui deviendra Olympia, deux sujets l’occupent. D’abord, des histoires de harcèlement dans le sport racontées par des proches. Il a le sentiment de devoir en témoigner. Mais il est romancier. Pour Paul-Henry Bizon, cela signifie que les sujets infusent longtemps en lui, avant de se manifester sur la page. En l’occurrence, avec l’apparition du personnage de Roxanne Vidal. Une jeune femme cynique, « presque trop », peu à peu hantée par des souvenirs traumatiques d’un passé dont elle s’était totalement dissociée. D’elle, l’auteur souhaite faire une héroïne loin des canons habituels. C’est là qu’intervient une sonate inachevée de Schubert, Relique. « Il l’écrit en réponse à la sonate transcendante de Beethoven, pour ouvrir une brèche, avec une musique en train de se construire, développe l’écrivain. Mon ambition était de tisser une narration avec cette musique, pour réfléchir à une trajectoire héroïque qui ne serait pas ascendante, mais beaucoup plus dans l’horizontalité. » La musique fonctionne pour Roxanne comme un miroir qui la révèle à elle-même. Paul-Henry Bizon songe alors à la confronter à un autre miroir. C’est là que Marie-José Pérec entre en scène.

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