Omar Little dans « The Wire », ou l’art du second rôle

Michael K. Williams, en septembre 2018, au Festival international du film de Toronto.

La mort de deux célébrités le même jour pose deux problèmes : d’une part, un problème de place, l’espace médiatique n’étant pas infiniment extensible ; d’autre part, un problème d’attention, qui conduit souvent à ce qu’une compétition plus ou moins sournoise s’engage pour savoir lequel des deux défunts mérite d’être le plus regretté.

Le lundi 6 septembre, qui vit la mort de deux acteurs aussi brillants que différents, n’a pas échappé à la règle. Et plusieurs fois au cours de la journée, le nom de Michael K. Williams a dépassé celui de Jean-Paul Belmondo dans la liste des articles les plus lus sur le site du Monde. Pour un acteur noir américain, essentiellement connu de ce côté-ci de l’Atlantique pour son rôle d’Omar Little dans The Wire – série portée au pinacle par la critique mais dont l’audience se limite aux sériephiles pointus –, la performance est notable.

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Parmi les hommages qui se sont multipliés toute la journée dans les médias et sur les réseaux sociaux, beaucoup renvoyaient au personnage d’Omar « Little », gangster homosexuel à la morale très personnelle et au charme mystérieux, dont les apparitions en ville sont précédées d’un mouvement de recul craintif (« Omar comin’ »). Figure secondaire devenu un pilier de la saga baltimorienne créée par David Simon, Omar incarne parfaitement l’une des principales qualités d’écriture du géniteur de Treme, Show Me a Hero et The Deuce (entre autres merveilles) : l’art du petit rôle.

Souci de la véracité

Ancien journaliste au Baltimore Sun, catégorie fait-diversier et renifleur de scoops, David Simon n’a jamais fait mystère de sa volonté de coller le plus possible au réel dans son écriture scénaristique. « Ma plus grande peur, c’est que les gens sur lesquels j’écris lisent et se disent, non, ce n’est pas ça », confiait-il au New Yorker en 2007. Marque de fabrique de son œuvre, ce souci de la véracité se traduit par la grande minutie avec laquelle il reconstitue les systèmes dont il veut dénoncer la perversion ; que ce soit la police, la justice, l’école dans The Wire, l’industrie du sexe dans The Deuce, les politiques d’urbanisme dans Show Me a Hero

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Grand pourfendeur du capitalisme, David Simon en analyse les retombées jusqu’au plus petit maillon de la chaîne et filme à hauteur d’individu la dévalorisation de la vie humaine. La scène d’ouverture de Treme, fable musicale située dans La Nouvelle-Orléans après l’ouragan Katrina, montre des musiciens d’une fanfare de rue tenter de négocier leur cachet. Dans une séquence sidérante à la fin de la première saison de The Deuce, une prostituée se fait jeter par la fenêtre pour avoir réclamé son dû à un client insatisfait.

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