« On a nos humeurs, mais le positif l’emporte largement » : l’aventure de la vie en communauté

Par Jane Roussel

Publié hier à 17h45, mis à jour à 16h37

Ce soir-là, autour de la grande table de la salle à manger, c’est salade de tomates au menu. On est au milieu de la Beauce, dans une bâtisse logée entre quatre champs de céréales. L’été prend fin, la piscine gonflable a verdi, la vigne a roussi, la chaudière est en panne pour la deuxième fois de l’année. La rentrée de cette longère qui dénombre vingt-deux couchages, où l’on vit en communauté, sera ponctuée de travaux. Dans l’immédiat, parce qu’il n’y a pas d’eau chaude, ensuite parce qu’il y a l’étage à finir et une deuxième salle de bains à fabriquer.

Sur fond d’un album de Supertramp, les trois acheteurs, la petite trentaine et amis depuis une dizaine d’années, racontent l’histoire de cette maison qu’ils habitent à plusieurs – le nombre varie selon les disponibilités des proches. « On avait fait le tour du quotidien en ville. Tous les week-ends, on cherchait à quitter Paris, à passer du temps avec les copains à la campagne, à avoir de la place », commence Jonathan, 32 ans, employé d’une start-up parisienne. « On a un groupe d’amis fort et on voulait un projet qui accueille tout le monde », continue Martin, architecte, même nombre d’années au compteur.

Ce projet de vie collective peut paraître un peu anecdotique. Mais, en racontant cette aventure (et ses péripéties) sur les réseaux sociaux, le trio reçoit pléthore de témoignages similaires, certains s’y projettent, d’autres ont déjà sauté le pas.

A gauche : l’espace collectif dans lequel pourront se réunir les habitants d’un projet de vie en collectivité à Riec-sur-Bélon (Finistère). A droite : le bâtiment comprenant cinq logements, en travaux, le 14 septembre 2021.

La décision de cette bande de copains date de décembre 2019, elle aurait dû se concrétiser au mois d’avril 2020. Mais le premier confinement en a décidé autrement. « Alors qu’on devait visiter cette maison le dernier week-end de mars, on s’est retrouvé tous confinés à distance les uns des autres. On n’a cessé de se répéter au fil des apéros en visio qu’on serait mieux si on l’avait, cet endroit à nous, dont on rêve depuis longtemps. »

Version contemporaine du phalanstère

Le 15 juin 2020, ils signent le compromis de vente ; le 15 septembre, ils emménagent. Un sourire barre le visage de Martin : « pour le deuxième confinement, c’était bon, on l’avait. » Entre les deux, il y a eu la création d’une SCI (société civile immobilière) non familiale, la bataille avec les banques pour obtenir un prêt à trois, les surprises d’une vieille bâtisse et de gros travaux qui sont loin d’être finis.

La maisonnée évolue au fil des allées et venues d’amis, des déplacements pour le travail – car chacun a gardé son emploi et alterne présentiel et distanciel. La journée, la salle à manger reçoit autour d’un menu unique où tous mettent la main à la pâte. Sur les coups de 14 heures, la nuée d’ordinateurs et sa vague de cliquetis de claviers reprennent place sur la table commune. Entre deux calls, on s’interrompt pour passer un coup de peinture, casser un mur, arracher un arbre mort.

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