On a testé… le Fairphone 4, un smartphone réparable et garanti cinq ans

L’aventure continue pour Fairphone, le petit constructeur néerlandais qui ne voulait pas fermer les yeux sur son bilan carbone, ni sur les conditions de travail des ouvriers dans les mines et usines avec lesquelles il collabore. Que vaut le Fairphone 4, la quatrième mouture de son smartphone équitable ? Est-il aussi efficace au quotidien que les appareils concurrents ?

L’allure du Fairphone 4 est moderne, mais massive.

Bien équipé

Le nouveau Fairphone est un mobile à l’allure plus moderne que ses prédécesseurs. Il est doté d’un fort grand écran, net, lumineux, et plutôt respectueux des couleurs. Il affiche des noirs qui manquent parfois un peu de profondeur puisque la technologie OLED (organic light-emitting diode) n’est pas au rendez-vous, mais cela gêne uniquement lorsque les décors d’un jeu ou d’un film sont sombres.

Il offre une mémoire confortable (128 Go) et intègre une antenne 5G qui n’est pourtant pas un équipement incontournable, la 5G peinant à convaincre le grand public. Mais sait-on jamais, cette technologie pourrait s’améliorer dans les prochaines années, et le credo de ce mobile est justement de durer. Manquent au Fairphone 4 deux attributs classiques du haut de gamme : la recharge sans fil, assez pratique au quotidien mais guère indispensable, et l’étanchéité.

Plus fâcheux, le constructeur fait une concession à l’air du temps en privant son mobile de prise casque. La boîte du mobile ne contient même pas l’adaptateur audio USB qui permettrait de brancher un casque filaire. Elle ne contient pas non plus de chargeur, un accessoire dont les Français sont, il est vrai, souvent équipés, ni de câble USB-C, ce qui est plus gênant car certains foyers n’en ont pas, et d’autres n’ont que des câbles usés.

D’assez bonnes photos

En plus de son objectif classique, le nouveau Fairphone intègre un très grand angle qui voit « plus large » pour des photos de paysage ou d’architecture spectaculaires. Globalement, les clichés du Fairphone 4 sont dans la moyenne de ce que réaliserait un bon smartphone à 350 euros. Elles sont passables la nuit et dans les pièces très mal éclairées, mais réussies la journée, même si l’on note occasionnellement une très légère dominante colorée rouge ou bleutée.

La journée, les photos du Fairphone 4 (en haut) sont rarement ratées, mais souvent un peu ternes comparées, par exemple, à celles du tout dernier iPhone (en bas).

Ses photos ont une personnalité un peu à rebours de la tendance actuelle : Fairphone se retient de les rendre trop lumineuses, trop nettes ou trop colorées, au risque d’offrir un rendu un peu terne. Leur douceur peut plaire, elle s’avère même objectivement préférable lorsque la scène est riche de détails, comme dans un jardin anglais touffu.

Les photos du Samsung A42 (à gauche) souffrent parfois d’un excès de netteté lorsqu’on photographie la nature. On peut préférer la douceur des images du Fairphone 4 (à droite, légèrement retouchées).

Puisque les photos du Fairphone sont peu retouchées automatiquement par le mobile, elles conservent un meilleur potentiel de retouche manuelle, mais est-ce vraiment ce que la moyenne des utilisateurs de smartphones recherche en 2021 ? Nous n’en sommes pas certain. Attention : nous avons testé un prototype, qui est certes très proche du modèle définitif, mais qui peut encore s’améliorer.

Inconfortable en main

Le plus gros défaut du Fairphone 4 est sa taille : il est très épais et particulièrement long. On a la sensation de tenir une petite briquette, et sauf à avoir de longs doigts, on peine à atteindre les notifications du smartphone et les boutons en haut de l’écran, tant le mobile circule mal en main. Le Fairphone 4 se destine plutôt aux sédentaires qui ont la possibilité d’utiliser leurs deux mains dans presque tous les scénarios.

A gauche, le tout dernier iPhone (8 mm d’épaisseur, 147 mm de long). A droite, le Fairphone 4 (11 mm d’épaisseur, 162 mm de long).

La ligne massive du Fairphone 4 lui donne un peu l’allure d’un smartphone antichoc. De fait, son pourtour en aluminium semble particulièrement robuste. Mais son écran paraît au contraire très exposé, et son dos n’est revêtu que d’une couche de plastique qui, même épaisse, le protégera mal des impacts.

Toujours aussi simple à réparer ?

En cas de casse, toutefois, le Fairphone 4 est beaucoup plus facile à réparer qu’un smartphone ordinaire. Sa batterie est particulièrement simple à enlever : il suffit de déclipser la coque arrière du mobile, de glisser un ongle dans une fente, puis de tirer vers soi.

Les bricoleurs du dimanche pourront remplacer les autres pièces amovibles du mobile à condition d’avoir des doigts précis et une bonne vision de près. Pour remplacer le haut-parleur, il faut se munir d’un micro-tourvenis et déboîter la pièce en plastique en exerçant une certaine force, ce qui peut intimider ; à tort, car celle-ci résiste bien aux torsions et aux pressions.

Les choses se compliquent lorsqu’on souhaite remplacer l’écran ou la prise USB-C du smartphone : après avoir joué du tournevis, il faut débrancher un minuscule connecteur puis le remettre en place, ce qui s’avère difficile, tant son ajustement est précis. Le démontage du Fairphone 3 était plus simple, celui du Fairphone 2 encore bien plus.

Lire aussi On a changé… l’écran du Fairphone 2, le smartphone modulaire et équitable

C’est surtout le changement du bloc photo qui s’avère délicat : il faut démonter trois de ces minuscules connecteurs, très proches les uns des autres. Beaucoup d’apprentis réparateurs tâtonneront longtemps pour les remettre en place. Fort heureusement, ces prises sont plus robustes qu’elles n’en ont l’air. On se console en considérant que la manœuvre serait beaucoup plus complexe sur un smartphone classique : elle découragerait beaucoup de bricoleurs confirmés.

Les trois connecteurs du bloc photo sont très rapprochés. Pas facile de les remettre en place après démontage.

Garanti durable

Les pièces du Fairphone 4 sont vendues à un tarif raisonnable : 80 euros l’écran ou les caméras arrière, 30 euros la batterie, 15 euros le connecteur USB-C. Comme par le passé, il est probable que certaines pièces subissent des ruptures de stock occasionnelles au cours des prochaines années.

La plupart des pièces-clés sont remplaçables, mais pas toutes. Fairphone ne vend par exemple pas de boutons de rechange ni de processeur de substitution. D’une puissance moyenne, ce dernier devrait offrir aux menus du smartphone une fluidité correcte pendant au moins quatre ou cinq ans avant qu’Android ne devienne trop lourd pour ses épaules. Côté logiciel, Fairphone garantit les mises à jour logicielles jusqu’en 2025, voire peut-être 2027.

Le Fairphone 4 est garanti cinq ans (attention à bien s’inscrire sur Internet). La garantie couvre « uniquement les défauts de fabrication », selon l’entreprise, ce qui exclut par exemple l’usure normale de la batterie.

Cher parce que responsable

Avec son tarif de 580 euros, le Fairphone s’est renchéri, depuis la sortie du premier modèle à 310 euros en 2014. Cette montée tarifaire se justifie par l’équipement nettement plus moderne de ce nouveau millésime, mais elle souligne plus crûment l’écart dont il souffre face aux mobiles concurrents aux performances équivalentes. Selon nos estimations, ces derniers sont environ deux fois moins chers.

Fairphone tente de sélectionner les fournisseurs de matières premières en privilégiant les mines qui ne sont pas en zone de guerre

La marque néerlandaise justifie la différence de prix en valorisant sa démarche écologique – un mobile est recyclé pour chaque Fairphone 4 vendu – et socialement responsable. Pour fabriquer les pièces de son smartphone, Fairphone tente de sélectionner les fournisseurs de matières premières en privilégiant les mines qui ne sont pas en zone de guerre. Il choisit des entreprises engagées dans une démarche responsable, faisant des efforts pour augmenter les salaires, réduire les risques sur les sites de production ou encore lutter contre le travail des enfants.

Fairphone déclare que « 56 % des huit matériaux prioritaires de Fairphone, comme le cobalt, le cuivre, l’or ou l’aluminium, ont été approvisionnés de manière équitable en 2020, contre 25 % en 2018 ». D’ici à 2023, l’ambition est d’intégrer six nouveaux matériaux à cette liste et de monter à une part d’origine équitable de 70 %. Que signifie le terme « équitable » ? Simplement qu’un producteur sélectionné par Fairphone a accepté de faire des efforts dans le bon sens, comme l’explique un porte-parole de l’entreprise :

« Les mines doivent démontrer des progrès et se conformer aux exigences de l’OCDE en matière de développement durable : c’est la première étape. Mais dès que cela est possible, nous adoptons une approche holistique en travaillant avec les communautés et les ONG en dehors des mines pour aider les enfants à aller à l’école, par exemple. »

L’entreprise néerlandaise tente de pousser à une amélioration continue chez ses partenaires, en marchant parfois sur des œufs. Au passage, elle espère influencer d’autres sociétés du secteur en leur montrant qu’une amélioration est possible. Pour le moment, la part de marché de Fairphone est modeste : la marque a vendu environ 100 000 unités dans le monde en 2020, sur un marché qui en a écoulé plus d’un milliard. Mais selon l’entreprise, ses ventes croissent de manière constante depuis 2014.

En conclusion

Ce nouveau Fairphone a un point faible : c’est un mobile inconfortable et lent à manipuler d’une seule main. Un problème très pénalisant pour certains, mais mineur pour d’autres. Ces derniers n’auront pas l’impression de faire un sacrifice en vivant au quotidien avec le Fairphone 4 car c’est un smartphone polyvalent, doté d’un écran agréable, tirant des photos très correctes – un exploit pour une si petite compagnie embarquée dans une si ambitieuse aventure.

Mais un point pourrait retenir les potentiels futurs acheteurs : le prix du Fairphone 4 est presque deux fois plus élevé que celui d’un mobile aux performances comparables. Avec les années, on peut cependant espérer amortir une bonne partie du surcoût : on a en effet davantage de chances de conserver plus longtemps un Fairphone, grâce à sa garantie de cinq ans – contre deux pour un mobile classique – et à sa réparation simplifiée.

En outre, on peut considérer ce surcoût comme un investissement personnel dans le bien-être d’une partie des ouvriers impliqués dans la fabrication du mobile.

Le Fairphone 4 est plutôt pour vous si :

– vous donnez de l’argent à de bonnes causes ;

– vous êtes préoccupé par le bilan carbone de votre mobile ;

– vous êtes inquiet du sort des ouvriers qui fabriquent vos appareils ;

– vous avez rarement besoin de manipuler votre smartphone à une main.

Le Fairphone 4 est n’est plutôt pas pour vous si :

– vous êtes passionné d’innovation et vous aimez changer de mobile ;

– vous avez besoin de tirer de bonnes photos dans les endroits sombres ;

– vous n’êtes pas du tout bricoleur, vos proches non plus.

Lire aussi On a testé… le Fairphone 3, le smartphone qui se veut éthique