« On ne sait pas quelle sera la résilience des écosystèmes face aux incendies plus fréquents liés à l’activité humaine et au changement climatique »

Tribune. Après le sentiment de profonde impuissance et de désolation face à l’un des plus sévères incendies survenus ces dernières décennies en France, il convient d’évaluer les dégâts écologiques engendrés et de rappeler certains fondements scientifiques autour du triptyque biodiversité-incendie-conservation.

Le départ du « mégafeu » s’est produit le lundi 16 août sur une aire de repos de l’autoroute A57, hors de la réserve naturelle. Encore une fois, ce sont les voies de communication qui ont été à l’origine du feu. Comme en 2003 (dernier grand feu des Maures), ni les larges pare-feu ni les vignobles n’ont pu arrêter sa progression. En quatre jours, il a affecté environ 80 % de cette réserve qui s’étend sur une superficie de 5 276 hectares, riche d’une biodiversité très originale et d’écosystèmes uniques à l’échelle du Bassin méditerranéen.

Miracle écologique

On connaît la forte résilience des écosystèmes méditerranéens. A notre connaissance, aucune extinction d’espèce animale ou végétale n’a été induite à ce jour par les incendies en Méditerranée. Toutefois, on ne sait pas quelle sera la résilience de ces écosystèmes face aux incendies plus fréquents liés à l’activité humaine et au changement climatique qu’elle a provoqué.

Dans la plaine des Maures, après les premières réactions alarmistes, il est à ce jour possible d’affirmer que « tout n’est pas remis à zéro ». Les zones non brûlées ou les microrefuges abritent encore une faune et une flore variées, certes fragilisées mais bien vivantes. Quatre jours après le début de l’incendie, on a pu observer renard, lézard vert, couleuvre de montpellier, libellules et des taches encore fleuries de gratiole officinale, une plante rare et protégée, aux abords d’une petite zone humide.

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Mais l’espèce qui a d’emblée inquiété les gestionnaires et les scientifiques est l’emblématique tortue d’hermann. Ce reptile très vulnérable et protégé trouve dans la plaine des Maures l’un de ses derniers bastions français. Les équipes qui prospectent sans relâche les secteurs brûlés ont noté une survie assez notable facilitée par la présence d’abris naturels sous les rochers.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce miracle écologique. Sous l’effet d’un vent violent et changeant, l’incendie a parcouru très rapidement la plaine, laissant de nombreuses taches de végétation non brûlée au gré des sautes de feu et de la topographie du site. La structure hétérogène de la végétation, composée en majorité de chênes-lièges et de pins parasols, et la présence de vastes dalles de grès dépourvues de flore pérenne ont induit des ruptures naturelles de combustible.

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