« On ne sort pas de quarante ans de baisse des taux d’intérêt au moindre frémissement des prix »

Tribune. Décidément, les marchés financiers ne croient pas au scénario d’hyperinflation que lui a vendu une bonne partie des économistes « réchauffistes », ceux qui pensaient que cette fois-ci serait la bonne : tous ces plans de relance, toutes ces politiques monétaires ultra-accommodantes allaient enfin sonner le glas de l’ère des taux bas. Non, et les récents chiffres d’inflation américains, même plus forts qu’attendu, n’y auront pas suffi : les taux d’intérêt refluent maintenant depuis presque deux mois, et les marchés d’actions sont repartis de l’avant. Mieux encore, les banques centrales n’ont pas vraiment changé de disque et nous répètent à l’envi que l’inflation est « transitoire », presque hors-sujet.

En fait, le mal dépasse « l’instant Covid-19 » : on ne sort pas de quarante ans de baisse des taux d’intérêt de long terme au moindre frémissement des prix. Ce mal est désormais très bien documenté et ses causes sont nombreuses, mais peut-être la cause profonde est-elle finalement assez simple : nous cherchons à fuir le présent.

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« L’opéra avait commencé depuis près d’une heure, mais ma montre n’indiquait qu’un quart d’heure », pour paraphraser le chef d’orchestre américain David Randolph (1914-2010). Cette sensation que le présent dure trop longtemps, nous l’avons tous vécue, sauf que, cette fois, nous la vivons tous en même temps. Le Covid-19 cherche à nous confiner dans un présent durable, alors nous tentons de le fuir en épargnant toujours davantage. Si, aujourd’hui, les taux d’intérêt sont si faibles dans le monde, c’est en grande partie à cause de cela : nous acceptons que notre épargne sans risque soit rémunérée à près de 0 % pour les dix à vingt prochaines années. Cette résignation envers l’avenir trahit surtout une extrême défiance vis-à-vis du présent : nous ne courrons plus après un avenir désirable, nous fuyons le présent.

Fuite en avant

Les marchés d’actions et du crédit sont aussi touchés par cette aversion pour le présent : ils battent des records, alors que les perspectives de croissance des économies pour les années à venir ne cessent d’être révisées à la baisse depuis quarante ans. Cela signifie que les investisseurs sont prêts à payer plus cher… pour avoir moins cher. Ça a l’odeur et la couleur de l’appétit pour le risque, mais il s’agit en fait d’une fuite en avant, masquant une défiance pour le présent, incitant les investisseurs à épargner toujours davantage en actifs sans risque comme en actifs risqués.

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