« On peut se demander si le long ministère de Jean-Michel Blanquer pourra marquer les esprits »

Tribune. Jean-Michel Blanquer va dépasser le record de longévité d’un ministre de l’éducation nationale sous la Ve République détenu par Christian Fouchet (novembre 1962-avril 1967) avec un peu plus de quatre ans et quatre mois. C’est le moment de comparer leurs bilans respectifs, mais aussi, en ce qui concerne le ministre actuel, de confronter son action à son « cahier des charges » initial issu du programme présidentiel.

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A ce sujet, deux mesures-phares focalisent l’attention. D’abord, le dédoublement des classes de CP puis de CE1 et, enfin, de grande section de maternelle situées en zone d’éducation prioritaire. Même si cela s’est fait en partie au détriment d’autres encadrements scolaires, c’est une mise en place sans précédent et massive. Ce sont 300 000 élèves qui auront bénéficié de ces classes dédoublées, selon le ministère. Le rapport publié en août par l’Institut Montaigne faisant le bilan du quinquennat Macron pour l’éducation a pu citer une étude menée par la DEPP (le département statistique du ministère) comparant des élèves de même profil social ayant bénéficié les uns du dispositif, les autres non. Cette étude montrait que le dédoublement avait permis une baisse de la proportion d’élèves en très grande difficulté de 7,8 % pour le français et de 12,5 % pour les mathématiques. Cela n’est pas rien. Mais c’est très en deçà de ce qui était espéré.

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Ce résultat pose, au-delà de la progression quantitative de l’encadrement, la question de son amélioration qualitative. Or, on doit constater, sur ce point, des atermoiements de taille de la part du ministre. Car Emmanuel Macron avait accompagné sa proposition de dédoublement d’indications qualitatives, dont celle de ne plus affecter aucun professeur en zone prioritaire pendant ses trois premières années d’enseignement. Rien n’a changé dans ce domaine. Par ailleurs, Emmanuel Macron s’était prononcé en faveur d’une mobilisation pédagogique et éducative ad hoc des enseignants : « En zones REP et REP +, les enseignants doivent pouvoir proposer des méthodes plus innovantes. Je le valoriserai dans le parcours des enseignants. » On attend toujours des dispositions significatives allant dans ce sens.

Atermoiements

D’autres atermoiements ministériels ont trait également à ce qui concerne l’autre mesure-phare, à savoir la « simplification » des épreuves des baccalauréats. Pour Emmanuel Macron, cela passait par la prise en compte d’un contrôle continu « ordinaire » à hauteur de 40 % de l’examen. Mais, dans un premier temps, Jean-Michel Blanquer a mis en place deux modalités différentes de contrôle continu : d’une part, 10 % de contrôle continu ordinaire et, d’autre part, des épreuves communes de contrôle continu (E3C), sur la base d’une banque de sujets nationaux et en dehors du fonctionnement ordinaire des classes. Ce qui, en fait, au lieu de simplifier le baccalauréat, le compliquait. Le Covid-19 aidant – avec ses effets sur le déroulement des sessions récentes du baccalauréat –, le ministre de l’éducation nationale s’est finalement décidé pour 40 % de contrôle continu ordinaire.

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