« On propose de louer le volume d’air au-dessus de vos champs » : dans les pas d’un prospecteur chargé de vendre des panneaux solaires suspendus

Antoine Rigalleau, prospecteur foncier dans l’agrivoltaïsme, à Cluis (Indre), le 2 novembre 2021.

La Peugeot 307 d’Antoine Rigalleau affiche 316 000 kilomètres au compteur. Depuis près de six ans, cet ancien professeur d’histoire-géographie sillonne sans relâche les confins de l’Indre, du Cher et de la Nièvre, jusqu’aux portes du Morvan. A son bord, Thibault (les personnes citées dont le nom n’apparaît pas ont souhaité garder l’anonymat), élève ingénieur et stagiaire. Dans leurs sacoches, des liasses de cartes et de photos satellites : un florilège de territoires ruraux éloignés des zones Natura 2000 et autres zones naturelles d’intérêt écologique, floristique et faunistique. A l’écart, aussi, des territoires aux appellations d’origine contrôlée, des vignobles prestigieux, des campagnes pittoresques où les néoruraux aiment s’installer.

M. Rigalleau est prospecteur foncier dans l’agrivoltaïsme, après avoir œuvré pendant cinq ans dans l’éolien, qui suscite beaucoup de contraintes et des oppositions. A raison de trois à quatre jours toutes les trois semaines pour le compte d’un promoteur francilien, il part à la conquête des terrains agricoles susceptibles d’accueillir des panneaux solaires suspendus. Pour respecter le secret commercial, son employeur a accepté notre présence à condition que l’on reste évasif sur les lieux prospectés et qu’on ne dévoile pas les identités des personnes rencontrées.

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Pour atteindre les objectifs de déploiement du photovoltaïque de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), la filière doit trouver du foncier pour produire 44 gigawatts (GW) – 12 GW pour l’instant déjà installés –, soit 44 000 hectares de panneaux d’ici à 2028. La seule Nièvre vise 2 000 hectares de panneaux. Parce que le gouvernement veut limiter l’artificialisation des sols et que les anciennes friches industrielles sont une denrée rare – le ministère de la transition écologique a annoncé, mercredi 3 novembre, sa volonté d’équiper des friches pour la production de 8 GW de friches –, l’agrivoltaïsme est une voie de plus en plus explorée.

« 1 000 euros par hectare et par an »

Généralement, M. Rigalleau est reçu dans la cuisine. L’hôte et l’invité s’apprivoisent en parlant météo. Au gré des rencontres, il a mis au point des brochures pédagogiques, avec photos et croquis simplifiés. Il les complète de formules bien rôdées : « On propose de louer le volume d’air au-dessus de vos parcelles pendant trente ans » est l’une d’elles. Puis, il parle argent : « 1 000 euros par hectare et par an : 300 pour le propriétaire, 700 pour l’exploitant. »

Cette somme concerne les prairies d’élevage, qu’il convoite en priorité, où de larges panneaux orientables peuvent être installés au sommet de poteaux de trois à quatre mètres de hauteur, sur 50 % de la surface, et sans gêner les bêtes au sol. Pour des champs de grande culture, seule 20 % de la surface est envisagée en panneaux, soit 400 euros par hectare et par an. Selon la législation actuelle, les installations de panneaux font perdre l’éligibilité aux aides de la politique agricole commune (PAC), ce qui rend l’argument plus complexe à vendre. M. Rigalleau doit tout de même boucler des projets de plusieurs dizaines d’hectares : « Comme ça, même en s’éloignant de 15 km du réseau sur lequel se raccorder, cela reste viable. »

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