« On puait le rugby » : Serge Simon et Bernard Laporte, amis de mêlée

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Publié aujourd’hui à 17h00, mis à jour à 17h45

Commençons par le commencement : le coup d’envoi. Pour tenter de comprendre ce qui peut lier depuis plus de trente ans Bernard Laporte et Serge Simon, cet attelage antinomique, ce duo des contraires et finalement des complémentaires, hier comme joueurs, aujourd’hui comme président et vice-président de la Fédération française de rugby (FFR), prenons l’entrée de deux équipes sur une pelouse. Tiens, par exemple, tout à fait au hasard, choisissons ce huitième de finale aller du championnat de France, le 28 avril 1991.

Le match oppose Bègles-Bordeaux, leur club de l’époque, à Toulon. Il se joue sur la rade, au stade Mayol. Un match pris parfaitement au hasard, donc. Ou presque : cette « rencontre » est considérée par les initiés comme une des plus violentes de l’histoire de ce sport, qui possède pourtant une riche anthologie de coups de boule, de scarifications aux crampons, de métaphoriques « salades de phalanges », de fourchette dans les yeux et autres vilenies, requalifiées dans le code pénal laxiste d’Ovalie en « chamailleries ».

« Nous partagions la même peur et nous la surmontions ensemble. » Serge Simon

Quatre-vingts minutes détestables, émaillées de multiples bagarres générales, un interminable pugilat où le ballon et l’arbitre furent deux ingrédients bien inutiles. « A Mayol, nous nous préparons à faire faire à l’humanité un bond de deux mille ans en arrière », avait pronostiqué sans se tromper Serge Simon.

Ave César ! Ils entrent donc les premiers dans l’arène, pardon sur le terrain, nos deux gladiateurs. Cette fois-là, Simon est devant le capitaine Laporte. Qu’importent les préséances ! Ils sont les meneurs d’une équipe dont la rudesse du jeu a fait le tour des terrains de France. Le pilier gauche Simon arbore une seyante et moyenâgeuse coupe au bol et une démarche d’échappé du bagne de Biribi. Avec sa chevelure soignée de premier communiant, le demi de mêlée Laporte, en comparaison, semble un échalas naïf, un dadais poussé en herbe, comme sorti du Grand Meaulnes.

« Bernie le dingue »

Foin des apparences ! C’est bien lui qui a allumé les brandons, la semaine précédente, par des propos provocants envers l’adversaire. C’est tout l’homme, d’attiser un brasier et de s’y immoler, entraînant ceux qui sont prêts à le suivre. Cela lui vaudra d’ailleurs un surnom : « Bernie le dingue ». Le sobriquet est de Serge Simon, et il se veut flatteur de la part de celui qui l’aura si souvent et si volontiers accompagné dans les flammes. Combien de fois déjà l’avant se sera-t-il plongé dans les « rucks », cette foire aux bras et aux jambes, cette table de vivisection à ciel ouvert, pour offrir à son coéquipier au poste de demi de mêlée un ballon propre comme un sou neuf à transmettre d’une passe aux chevau-légers des lignes arrière ?

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