« On the Verge », sur Canal+ : la vie de quinquagénaires à l’heure des choix

De gauche à droite, Alexia Landeau, Elisabeth Shue, Sarah Jones et Julie Delpy dans la série « On The Verge ».

CANAL+ – LUNDI 6 SEPTEMBRE À 21 HEURES – SÉRIE

Voilà bientôt trente ans que Julie Delpy trace dans le paysage cinématographique une voie singulière, un pied de chaque côté de l’Atlantique, en artisane d’un cinéma d’auteur à la première personne, loin de la carrière à laquelle son visage d’adolescente – que l’on entrevoit dans le très beau générique d’On the Verge – aurait pu la cantonner.

Après le sobre et douloureux My Zoé sorti fin juin et une rétrospective à la Cinémathèque, la cinéaste livre avec On The Verge une série à l’image de sa carrière : truculente et faussement bordélique. Elle ne s’inscrit dans aucune case si ce n’est celle de l’indépendance, de la liberté qui n’est pas une posture mais une nécessité artistique. Son sujet est, en toute logique, celui de son autrice et de ses actrices : le grand vertige qui saisit les femmes lorsqu’elles atteignent ce que l’on désigne comme « le milieu de la vie ».

Celui-ci a pour Justine (Julie Delpy), cheffe d’un restaurant chic du Los Angeles pré-Covid, la forme d’un placard dans lequel elle tente d’écrire, entre rouleaux de papier toilette et paquet de riz, un livre de cuisine haut de gamme. « T’es pas Simone de Beauvoir, tu fais la cuisine », lui rappelle aimablement son mari Martin (Mathieu Demy, également réalisateur de quelques épisodes) lorsque Justine manque d’inspiration. Architecte sans emploi, lui cache son complexe d’infériorité sous une moustache dont on ne saurait dire si elle le fait ressembler à Groucho Marx ou à Hitler. Leur fils, Albert, cristallise toutes les ambivalences de Julie Delpy vis-à-vis de son pays d’adoption. Anglophone et acculturé malgré ses parents français, il condense en lui toutes les névroses américaines de l’homme blanc privilégié en devenir, que Delpy souligne avec finesse et humour.

Ses copines du quartier – Venice, coin bobo connu pour ses villas chics et ses nombreux SDF – ne sont pas logées à meilleure enseigne. Anne (Elisabeth Shue), créatrice de mode, lutte pour conserver sa branchitude et s’accroche à un homme qui ne l’aime plus. Universitaire brillante, Yasmin (Sarah Jones) n’a plus travaillé depuis la naissance de son fils, 12 ans plus tôt. Mère célibataire fauchée, Ella (Alexia Landeau, également coscénariste) multiplie les expédients pour s’en sortir : de castings pour enfants en vidéos façon télé-réalité postées sur YouTube, elle encaisse les humiliations avec une résilience très américaine.

Érosion du désir

Toutes ont en commun de se heurter à l’érosion du désir, non seulement celui des autres, mais aussi celui qu’elles ont autrefois nourri pour les hommes qui les entourent, qu’ils soient désormais absents, fuyants ou simplement méchants. La série a pourtant l’intelligence de ne pas faire des hommes un groupe homogène de mâles toxiques, mais de les filmer comme le résultat d’une construction – d’ailleurs, la plupart des enfants de la série sont des garçons – et surtout des choix plus ou moins avisés opérés par les quatre héroïnes. Ces choix sont questionnés, remis en cause, renversés tout au long des douze épisodes, jusqu’à un dénouement en forme de règlement de compte passif-agressif sur champ de bataille – le « final » porte en lui la promesse d’une saison 2.

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